Les Tests salivaires – Edito du 04-04-12

Il y a 2 semaine j’ai assisté à une démonstration du pharmacien qui vend les test salivaire aux keufs. C’est le PDG d’une boite qui s’appelle Biotech et Détect (« la détection au service de la sécurité ») spécialisée dans ce créneau. Je saute la partie sur la loi et les conditions du dépistage puisque tout est déjà dans nos flyers Sur la route et Dépistage. Je voulais plutôt partager avec vous ce que j’y ai appris et que je ne connaissais pas. Commençons par une vidéo qui explique rapidement comment on se sert du test.

C’est franchement beaucoup moins évident qu’un éthylo surtout qu’il y a des durées assez précises à respecter sans quoi le test peut raconter vraiment n’importe quoi. Du coup ça m’a pas mal calmé sur la réelle utilité de le diffuser en accès libre tel quel surtout en teuf. Y’a vraiment beaucoup de chance de foirer la procédure. Et à 11€ l’unité (prix que le mec fait aux flics alors que ces derniers lui en achètent par dizaine de milliers) c’est con de rater la manipulation.

Côté culture générale j’ai appris la différence entre les test de flagrance et les test de rémanence.

La rémanence c’est quand un produit laisse des traces dans l’organisme, plus ou moins longtemps après la consommation : de quelques jours pour l’urine à plusieurs années pour les cheveux. Ces tests servent à vérifier la consommation passée et sont très fréquents dans la lutte contre le dopage, le traitement médical des personnes sevrée à un produits, la vérification judiciaires des personnes mises à l’épreuve de non consommation.

La flagrance ben c’est le flagrant délit. C’est à dire d’être pris sur le fait : en train d’être sous l’effet d’un produit. Et là, la salive est directement indexée sur le taux dans le sang, tout comme l’air expiré l’est pour le taux d’alcoolémie.

C’est important car le taux sanguin est la seule preuve judiciaire valable. Mais apparemment l’efficacité des tests salivaires est tel qu’à ce jour la gendarmerie est en train de faire valider des études pour pouvoir se passer de la prise de sang et d’effectuer les analyses en laboratoire directement sur la salive prélevée lors du contrôle routier. Ce qui est cool c’est de ne plus avoir à subir la prise de sang mais par contre fini le décalage entre le moment du contrôle et celui de la prise de sang qui a permis à certains d’être positif au salivaire mais négatif au sanguin. Ce facteur serait la plus importante cause de faux positif.

Bien sûr le débat est toujours valable sur la relation entre le taux sanguin et l’aptitude à conduire. Et là étonnamment le PDG-pharmacien a plaidé pour que les seuils de détection du cahier des charges soient relevés et qu’on arrive, comme l’alcool, à un niveau consensuel de dangerosité au volant. 2 avocats d’Angers ont d’ailleurs réussi vendredi dernier à faire relaxer un conducteur positif sur la base de cet argument en utilisant le positionnement du Conseil Constitutionnel en la matière.

Les faux positifs seraient de l’ordre de 3% et dus vraisemblablement à des erreurs de test (manipulation ratée, mauvaise condition de stockage, interaction avec d’autres produits médicamenteux ou alimentaires présents dans la salives du conducteur).

Par contre aucune info sur les faux négatifs, c’est à dire les gens qui ont consommés mais qui sont négatifs ! Dommage car en prévention c’est l’information quasiment la plus importante pas pour (forcément) tricher aux tests mais pour pouvoir affiner les durées de détection. D’ailleurs en ce qui concerne la triche j’ai appris que les prochains tests devraient avoir un détecteur de substances répertoriées comme pouvant altérer le test. ça sent l’argument commercial qui permet de vendre sans fin des mises à jour des tests comme pour les marchand d’anti-virus sur les ordinateurs…

Concernant les faux négatifs, le marchand de test est bien embêté car il n’a pas la possibilité légale d’étudier le phénomène. Cela supposerait de donner des drogues à des gens puis de voir comment réagissent les tests. Or, et c’est là le truc de ouf, tous ces tests sont développés avec des produits qui ne sont pas les drogues illicites que nous connaissons car le labo n’a pas l’autorisation de le faire !! Cela fait partie de ses récurrentes demandes auprès du ministère de l’Intérieur. Mais alors comment font-ils ? Ils bossent avec des substituent de synthèse qui imitent le comportement des drogues face aux anti-corps. (Les tests sont basés sur nos réactions immunitaires). Officieusement je pense qu’il doivent aussi bosser avec des boites étrangères qui ont des autorisations mais d’après le pharmacien c’est une des causes possibles des faux négatifs.

Autre point important la commande plus ou moins explicite de l’État pour ces tests c’est avant tout leur efficacité sur le cannabis et là le mec a dis clairement que c’est le produit sur lequel ils travaillent le plus. C’est pourquoi dans les faits c’est le produit le proche de l’état de flagrance décrit plus haut. Le hic (et oui y’en a un!), c’est le phénomène de relargage imprévisibles de THC stocké dans les graisses par le corps qui produits des taux positifs alors qu’on a pas consommé sur le moment.

La gars a terminé sa démo en parlant du futur des tests. Attention c’est le moment où l’on tremble face à la société du futur que l’on nous prépare. Biotech & Détect a développé un test d’alcoolémie basée sur un scan de votre doigt. Face à l’éthylomètre actuel le seul argument commercial est qu’il n’y a pas à changer d’embout entre chaque utilisateur mais dans l’avenir la miniaturisation de l’appareil permet d’imaginer son intégration directement sur le volant d’un véhicule. Et hop magique tu touches ton volant et ta bagnole refuse de démarrer tant que t’es bouré ! Et bien vous savez quoi, d’après le gars la même technique devrait pouvoir s’appliquer aux drogues !

Il a aussi blabaté sur l’utilisation de ces dépistages par la médecine du travail en particulier mais applicable à d’autre soignants adeptes des méthodes coercitives. Ils ont notamment un système de test à l’aveugle qui inclut des produits licites et illicites qui dit que vous êtes positif à quelque chose mais le médecin ou votre employeur ou vos parents ne savent pas à quoi. D’après lui cet outil permet le dialogue tout en respectant votre vie privée. Je vous laisse imaginer la scène…

Le père : Kévin j’ai acheté un test salivaire à la pharmacie pour ouvrir le dialogue entre nous sur les drogues. Je voudrais que tu fasses ce test. Je ne saurais pas ce que tu as pris parmi tous les produits détectés : cocaïne, cannabis, valium, amphétamine…

Kévin : Oh papa t’es relou…

Le père : Si tu ne le fais pas tu es privé de sortie.

Kévin : Bon d’accord…

10 min plus tard

Le père : Kévin tu es positif ! Tu m’as déçu. T’es privé de sortie. File dans ta chambre.

Kévin : …Ouvrir le dialogue qu’il disait…

A+

Kritik

[Note de lecture : depuis le printemps 2012 le Ministère de l’Intérieur a changé de fournisseur pour ses tests salivaire. Il s’agit du modèle Drugwipe de la société Securtec]

 

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