Les médicaments rendent les rivières malades

Les stations d’épurations ne peuvent nettoyer les traces de médicaments des eaux usées qui arrivent par les urines…

Source : http://www.ouest-france.fr/Les-medicaments-rendent-les-rivieres-malades-/re/actuDet/actu_3639-707900——_actu.html
Date : 21-09-2008

Des traces d’antibiotiques, antidépresseurs, anticancéreux, et de
nombreux autres médicaments sont retrouvées dans les cours d’eau. Les
stations d’épuration ne sont pas conçues pour les éliminer.

Attention, avaler un comprimé pour le mal de tête peut être dangereux… pour l’environnement !
Via les urines, des résidus de médicament se retrouvent dans l’eau des
rivières. Des chercheurs ont identifié dans les cours d’eau français
des résidus de molécules d’ibuprofène et de paracétamol. Mais aussi des
composants de pilule contraceptive, traitements de la ménopause,
antidépresseurs, anticancéreux, antibiotiques… C’est en observant la
féminisation des poissons mâles dans certains cours d’eau que l’on a
suspecté l’action des contraceptifs. « Tout ce qui est consommé, nous le trouvons dans l’eau à plus ou moins grande échelle,
rapporte Hélène Buzinski, chercheuse au CNRS et à l’université de
Bordeaux, une des premières à s’être intéressée au problème en 2002. Même des résidus d’héroïne et de cocaïne ! »

Les
stations d’épuration ne sont pas assez puissantes pour éliminer ces
molécules, que l’on ne commence à détecter que depuis une dizaine
d’années. À mesure que les rejets industriels, pesticides, métaux
lourds étaient mieux traités, des pollutions de plus en plus fines ont
été relevées. Les molécules médicamenteuses sont de l’ordre du
nanogramme par litre.

Les dizaines d’études en cours sur le sujet
ne sont pas pour rassurer. Ainsi le projet Amperes qui, mené par le
Cemagref, l’université de Bordeaux et Suez, vise à vérifier
l’efficacité des stations d’épuration, les micropolluants qui échappent
au traitement et leur impact. « Les concentrations en médicaments
sont faibles, il n’y a pas d’effet brutal, mais il existe une
imprégnation chronique dont nous mesurons mal la toxicité à long
terme, »
résume Marina Coquery, coordinatrice d’Amperes.

L’Académie de pharmacie s’est, elle aussi, penchée sur les rivières. « Il existe aussi des sources ponctuelles comme les établissements de soin et l’industrie pharmaceutique, dit Jean-Marie Haguenoer, en charge d’un rapport qui sera rendu à la fin du mois. Et les élevages, dont la pisciculture, utilisent les médicaments pour la croissance des animaux. » Une quarantaine de classes de médicaments se retrouvent dans l’eau. « Outre
les dérivés hormonaux et les anticancéreux, les plus préoccupants sont
les antibiotiques, qui génèrent probablement des problèmes de
résistance aux antibiotiques. Parmi les substances qui ne se dégradent
pas, 40 % partent en rivière, 60 % sont retenues dans les boues des
stations d’épuration. »
Ces boues servent à l’épandage dans les champs. « Aucune étude ne donne la concentration des médicaments dans ces boues », reconnaît Jean-Marie Haguenoer.

Le
cas des hôpitaux est examiné avec attention. Médiflux, un projet
impliquant divers partenaires, doit déterminer l’impact des rejets
hospitaliers. « Nous nous intéressons notamment aux anticancéreux »,
précise Zdravka Do Quang, responsable du pôle analyse et santé du
CIRSEE. Ils présentent un danger potentiel car ils sont destinés à
détruire les cellules. Les premiers résultats seront connus fin
novembre.

Et l’eau potable est, elle aussi, susceptible d’être
contaminée… Selon les chercheurs, le risque serait très limité pour
l’homme. « Les nappes souterraines où l’on puise l’eau sont très protégées », précise Hélène Buzinski. Que faire en attendant que les traitements de l’eau soient améliorés ?
Consommer moins de médicaments, juste le nécessaire. Et surtout, ne
jamais les jeter dans les toilettes, mais les ramener chez le
pharmacien ou en déchetterie.

 

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