Drogues: plébiscite pour le statu quo en Suisse

La Suisse officialise la politique de RdR mais rejette la légalisation du cannabis…

Source : http://www.letemps.ch/template/tempsFort.asp?page=3&article=245167
Date : 01/1202008

 

STUPEFIANTS.
L’inscription des quatre piliers dans la loi a obtenu l’approbation de
68% des votants. L’initiative pour la dépénalisation du cannabis est
rejetée au score à peine inférieur de 63,2%.

Oui à la politique des quatre piliers, non à une dépénalisation du
cannabis. Les deux décisions sont sans appel: 68% pour la première,
63,2% pour la seconde et s’imposent sans Röstigraben ni même dissidence
cantonale.



Alémaniques
ou romandes, urbaines ou rurales, les régions suisses sont d’accord
pour confirmer la politique actuelle de la drogue et refuser de
nouvelles audaces en matière de chanvre. Les nuances ne portent que sur
la vigueur de l’engagement et elles restent modestes: Vaud, qui
manifeste le moins d’enthousiasme face aux quatre piliers les soutient
tout de même à 56,8%. Et Bâle-Ville, qui compte le plus grand nombre de
partisans de la dépénalisation du chanvre la repousse à 55,3%.

Cette belle homogénéité confirme avant tout la solidité de l’assise
populaire dont jouit la politique des drogues mise en place dans les
années 1990. Alors très novatrice, voire iconoclaste par rapport aux
pratiques suivies dans les pays qui nous entourent, cette politique a
été plébiscitée à deux reprises. En 1997, le peuple et tous les cantons
ont confirmé la réduction des risques et les cures de maintenance en
rejetant l’initiative Jeunesse sans drogue par 71% des votants et en
1998, ils ont refusé de dépénaliser la consommation de drogue en
balayant à 73% l’initiative Droleg.

Ces votes faisaient suite à un intense débat public, mené dans le
climat de crise suscité par les scènes ouvertes de la drogue qui
avaient surgi à partir de la fin des années 1980. Dans le climat apaisé
qui prévaut aujourd’hui, les autorités sanitaires n’avaient aucune
garantie de pouvoir retrouver un soutien comparable pour une politique
dont le principe a certes été adopté largement autour de nous mais qui
continue de compter quelques audaces plus originales comme les locaux
d’injection ou, surtout, la prescription d’héroïne.

Le taux d’approbation obtenu par les quatre piliers, à peine
inférieur à ceux d’il y a dix ans, est donc une heureuse surprise pour
les professionnels de la prise en charge des toxicomanies, qui
s’étaient massivement mobilisés pour la loi. Il consacre l’inscription
dans les m?urs des mesures d’aide à la survie et, surtout, la
banalisation de la prescription d’héroïne.

D’abord pratiquée dans le cadre d’essais médicaux controversés,
cette dernière a passé une première fois la rampe du vote populaire en
1999 par 54,3% des voix. Mais dix cantons, dont tous les romands sauf
Genève, s’y étaient opposés. Ces réticences semblent aujourd’hui bien
réduites et la prescription d’héroïne, qui est demeurée un traitement
de dernier recours dont le nombre de bénéficiaires n’a que peu
augmenté, a gagné sa place dans l’éventail des options thérapeutiques
même aux yeux des citoyens de cantons où de tels programmes n’existent
pas.

L’ouverture, donc, est confirmée. Mais avec des limites bien
nettes: le projet de dépénaliser la consommation de cannabis et de
permettre à la Confédération de mettre sur pied un marché réglementé de
cette drogue est rejeté à une majorité à peine moins confortable que
celle obtenue par la nouvelle mouture de la loi sur les stupéfiants.

Sans surprise: personne ne pariait sérieusement sur les chances de
l’initiative lancée au lendemain du rejet par le National d’une version
de la loi comprenant une dépénalisation du cannabis. Ces dernières
étaient d’autant plus minces que la coïncidence des deux votes a
passablement limité la marge de man?uvre des partisans de cette
dépénalisation.

Ces derniers se trouvent notamment à gauche et parmi les
professionnels de la prévention et de la prise en charge des
toxicomanies. Pour ces milieux, l’ancrage des quatre piliers dans la
loi constituait un objectif absolument prioritaire, qui les a amenés à
mettre une sourdine à leur engagement en faveur d’une réglementation du
marché du chanvre.

Dans ce domaine également, c’est donc plutôt l’unanimisme dont font
preuve les Suisses qui doit être relevé: même des cantons connus pour
leur relative tolérance en la matière rejettent toute extension de
cette tolérance. Le signe sans doute d’un changement de climat,
perceptible dans tous les domaines où sont mis en cause l’autorité et
le statut des adolescents.

Globalement, le message dominant de ce week-end en matière de
politique des drogues va donc dans le sens de la continuité. C’est
ainsi, notamment que l’interprète Pierre-Yves Maillard, le directeur de
la Santé du canton de Vaud, l’un des cantons où un rejet de la loi
révisée sur les stupéfiants semblait possible. «Ce résultat nous induit
à poursuivre notre politique. Il marque une adhésion croissante à une
attitude pragmatique qui est de bon augure pour l’avenir. Mais il ne
signifie pas que les Vaudois seraient prêts demain à accepter un
programme de prescription d’héroïne.»

Jean-Daniel Barman, président de la Ligue valaisanne contre les
toxicomanies, fait une analyse comparable pour son canton: «Le Valais a
une politique adaptée à ses caractéristiques sociologiques, qui nous
satisfait. Je n’interprète pas le résultat de la loi révisée comme un
encouragement au changement mais comme le signe d’un plus grand respect
pour les problèmes rencontrés par les cantons urbains et les solutions
qu’ils ont expérimentées.»

 

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