« J’ai pris conscience qu’il fallait pas se droguer n’importe comment »

Des "stages cannabis" pour apprendre à mieux se droguer…

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/07/09/j-ai-pris-conscience-qu-il-fallait-pas-se-droguer-n-importe-comment_1068069_3224.html#ens_id=1067929
Date : 10/07/08

Ils ont de 18 à 30 ans et sont issus de tous
milieux sociaux : fils de cadre, jeune ouvrier,
enseignant débutant, ambulancier ou routier. Dans
le courant du printemps, ils ont été interpellés
en possession de stupéfiants, principalement du
cannabis destiné à leur consommation personnelle.
En application de la loi sur la prévention de la
délinquance du 5 mars 2007, le parquet de Dijon
(Côte-d’Or) leur a proposé de participer aux
nouveaux "stages de sensibilisation aux dangers
de l’usage de produits stupéfiants". Pour
échapper à une poursuite pénale, il leur en a
coûté 230 euros, payés de leur poche, ainsi que
deux jours et demi passés dans les locaux de la
Société d’entraide et d’action psychologique
(Sedap), l’association dijonnaise qui organise
les stages.

Directeur du Sedap, Gérard Cagni a une longue
expérience de ce type de prise en charge en
groupe, qu’il a lancé de sa propre initiative, il
y a deux ans. Avec différents intervenants, il
aborde les questions de représentations sociales
sur les drogues, leurs effets sanitaires et les
risques, la loi et ses conséquences si on
l’enfreint. "Si on les écoute, tout le monde fume
du cannabis, c’est la normalité, explique M.
Cagni. On essaie de changer leur regard sur leur
consommation, mais sans leur tenir un discours
moralisateur de type "stop à la drogue". On leur
dit : voilà les dangers, à vous de choisir."
Témoignages de consommateurs de cannabis à
l’issue de leur stage.

Victor, 21 ans, plombier. "Je me suis fait
interpeller sur l’autoroute par la douane, de
retour de Hollande, avec 5 grammes d’herbe sur
moi. Ça fait sept ans que je fume régulièrement
du cannabis, 6 à 7 joints par jour quand je
travaille, 2 à 3 quand je suis en vacances. Au
début, c’était pour le délire, on se faisait des
pipes à eau avec les copains, on était
complètement défoncés, je trouvais ça convivial.
De 14 à 17 ans, je ne me suis pas posé de
questions, jusqu’à me retrouver en échec
scolaire. Dans ma boîte, ils savent que je fume,
ça se passe relativement bien. Quand on est sous
cannabis, on prend les choses avec une certaine
lenteur, on n’est pas forcément stressé.

Le stage s’est passé de façon plutôt cool, à
discuter des dangers du cannabis. C’est vraiment
efficace, ça fait réfléchir sur le fait qu’il
vaut mieux éviter de consommer n’importe où et
n’importe quand, dehors par exemple, ou sept
heures avant de prendre le volant, le temps que
le cannabis disparaisse du sang. Ça montre que
c’est vraiment possible de faire autrement, qu’on
peut trouver d’autres plaisirs dans la vie. Par
contre, il faudrait un suivi régulier, car c’est
difficile d’arrêter du jour au lendemain et de
trouver des motivations pour compenser l’envie de
fumer."

Richard, 27 ans, magasinier. "Ça fait bien trop
longtemps que je fume, 4 à 5 joints par jour
depuis l’âge de 13 ans. Je me suis mis là-dedans
après la mort de mon père. Je voudrais vraiment
arrêter, car c’est pas une évolution. Dans mon
job, j’ai des pertes de mémoire, j’oublie d’un
moment sur l’autre ce qu’on m’a demandé. J’ai
jamais réussi à passer mon permis de conduire et
ma femme et mes deux enfants m’ont quitté à cause
de ça. Je me suis fait arrêter à l’entrée du
Teknival avec 1,2 gramme sur moi. C’était pas la
première fois et je sais qu’après le stage, il y
aura pas de pardon. Le stage m’a beaucoup servi,
j’ai vraiment pris conscience qu’il fallait pas
se droguer avec n’importe qui, n’importe où et
n’importe comment. Et puis, le prochain coup,
c’est le tribunal correctionnel et la prison
ferme. Ça me foutrait vraiment les boules de
prendre trois ans pour quelques grammes de shit."

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