Lutte contre les drogues : le gouvernement mise sur la sensibilisation des parents


L’objectif de l’Etat : éviter toute consommation de drogue…

Source : Le Monde
Date : 09-07-08

 

Beaucoup de prévention, un peu de répression, et somme toute
pas mal de pragmatisme : le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et
les toxicomanies (2008-2011) met l’accent sur les moyens d’éviter l’entrée des
jeunes dans la consommation d’alcool et de stupéfiants. Présenté, mercredi 9
juillet, par Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de lutte
contre la drogue et la toxicomanie (MILDT), le plan affirme qu’"il n’y a pas
de fatalité de l’échec et qu’on peut prévenir l’usage de drogues si l’on s’en
donne tous les moyens"
. Il affiche un objectif ambitieux (mais non chiffré)
de "baisse du nombre d’usagers de produits illicites et de personnes ayant
une consommation problématique d’alcool d’ici à 2011"

Tout en reconnaissant que "les
politiques publiques menées jusqu’à ce jour ont contribué à une meilleure prise
en charge sanitaire des usagers et des personnes dépendantes"
, la MILDT
estime qu’elles ne sont pas "parvenues à faire diminuer l’usage de drogues
illicites et l’abus d’alcool ni à limiter la polyconsommation de ces
produits"
. Cet échec relatif s’expliquerait par une focalisation sur "les
usages problématiques de drogues au détriment de la prévention des usages
simples"
. Cette attitude "a pu contribuer à encourager la demande de
drogues en banalisant les premières consommations et en affaiblissant l’interdit
qui pesait sur celles-ci"
. Par ce discours de fermeté, le président de la
MILDT s’inscrit dans le corpus traditionnel de la droite sur les drogues, sans
pour autant en adopter les slogans les plus simplistes, du type "stop à la
drogue"
ou "une société sans drogue".

DÉTECTER LES "CANNABICULTEURS"

M. Apaire n’en propose pas moins une politique très classique de prévention,
qui s’articule autour de campagnes d’information sur les dangers des drogues et
des actions en milieu scolaire et étudiant. Il prévoit par ailleurs une campagne
spécifique en direction des parents, qui seraient "désorientés" face aux
drogues, afin de les "aider à se réapproprier une parole porteuse de la
règle"
. Interpellée par l’essor du binge drinkingchez les jeunes (mode
anglo-saxonne qui consiste à se soûler le plus vite possible), la MILDT affirme
qu’il "convient de considérer la prévention des abus d’alcool comme un
objectif de santé et de sécurité publiques à part entière"
.

Jusqu’à présent, les pouvoirs publics s’étaient gardés d’ériger la
consommation d’alcool en priorité, le précédent plan gouvernemental de lutte
contre les drogues (2005-2008) ayant préféré focaliser sur le cannabis.
L’interdiction de la vente d’alcool aux moins de 18 ans est ainsi confirmée, de
même que celle des opens bars (offre à volonté d’alcool). La consommation
d’alcool sur la voie publique aux alentours des établissements scolaires sera
proscrite.

Alors que Nicolas Sarkozy avait proposé, en tant que ministre de l’intérieur,
de réformer la loi de 1970 sur l’usage de stupéfiants en créant une forte amende
en cas d’interpellation, le gouvernement semble avoir renoncé à toute réforme
législative sur le sujet. La MILDT s’en tient au déploiement des stages de
sensibilisation aux dangers des stupéfiants, calqués sur ceux qu’organise la
Sécurité routière pour récupérer des points de permis de conduire. En revanche,
le plan prévoit le renforcement la lutte contre la culture illicite de cannabis
: la France compterait près de 200000 "cannabiculteurs" contre lesquels
la MILDT veut déployer "des moyens de détection innovants (appareils à
infrarouge, détection aérienne…)"
. En matière sanitaire, la MILDT reprend
les grandes orientations du plan addictions du ministère de la santé (2007-2011)
: il est ainsi prévu de tripler le nombre de jeunes bénéficiant des
"consultations cannabis" pour le porter de 40000 à 120000. L’effort de
recherche dans la prise en charge de l’addiction à la cocaïne sera également
renforcé. Le phénomène est en plein essor.

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