Vive le dopage !

Sur le Tour de France, c’est le dopage qui rapporte le plus aux sponsors…

Source : http://www.lemonde.fr/web/
Date : 06.06.08

Un chiffre impressionnant. Depuis 1968, date du
premier coureur positif sanctionné, 85 % des
vainqueurs du Tour de France ont été impliqués
dans des affaires de dopage. Contrôles positifs
(l’Américain Floyd Landis), aveux (le Danois
Bjarne Riis), poursuites pénales (l’Italien Marco
Pantani) : 34 des 40 derniers maillots jaunes ont
été rattrapés par le dopage. Ces données sont le
résultat d’un travail minutieux de Pierre
Ballester, coauteur de L.A. Confidentiel, les
secrets de Lance Armstrong (éd. La Martinière,
2004).

85 %, c’est aussi le pourcentage des personnes
sondées par l’Institut Sportlab en septembre 2007
qui déclaraient ne plus croire aux résultats des
courses cyclistes à cause du dopage. Dans la
foulée du Tour 2007, une étude d’opinion a été
réalisée à la demande des sponsors de la Grande
Boucle, inquiets de savoir si leurs
investissements dans l’épreuve en valaient
toujours la chandelle. Tempêtes sur le Tour en
livre les conclusions : 69 % estiment que tous
les cyclistes de haut niveau sont dopés et 55 %
déclarent n’avoir "pas du tout envie" de suivre
le Tour 2008. Et, quand on demande aux sondés
pourquoi ils regardent le Tour à la télévision,
la réponse la plus fréquente est "pour les
paysages" (22 %). A titre de comparaison, ils ne
sont que 8 % à déclarer regarder la Grande Boucle
"pour les champions et leurs exploits", deux fois
moins que "pour les affaires de dopages" !

Au-delà des chiffres, l’ouvrage de Pierre
Ballester* révèle que, malgré la multiplication
des scandales et la désaffection grandissante du
public, le Tour fait encore l’objet de toutes les
convoitises. En dix ans, France Télévisions a
perdu 1,5 million de téléspectateurs sur ses
retransmissions du Tour de France. Mais pas
question pour le groupe public de remettre en
cause la diffusion de l’épreuve en juillet. "La
visite touristique va s’améliorer lors de la
programmation du Tour 2008. On va augmenter le
nombre de "cartes postales" pendant le direct",
répond Daniel Bilalian, le directeur des sports
de France Télévisions. Pas question non plus pour
les sponsors, en dépit des scandales à
répétition, de se désengager.

Depuis l’affaire Festina, en 1998, seuls quatre
sponsors d’équipes ont quitté le cyclisme. Et,
sur la quarantaine de partenaires que compte
chaque année l’organisateur du Tour de France,
Amaury Sport Organisation (ASO), sept seulement
se sont retirés. "Pour un sponsor, quitter le
cyclisme est une belle connerie, estime Gilles
Dumas, l’auteur de l’étude d’opinion de septembre
2007. Pour Cofidis, les affaires de dopage (en
2004) ont été formidables parce qu’elles ont fait
grimper son taux de notoriété, ce que cette
société de crédits venait chercher au départ dans
le cyclisme, sans pour autant écorner son image."

Les villes continuent de se battre pour recevoir
le Tour. Londres, d’où avait été donné le départ
en 2007, aurait récolté 172 millions d’euros de
retombées économiques pour une mise de 1,5
million d’euros. "En dépit d’une certaine
érosion, le Tour reste une excellente affaire",
résume Daniel Bilalian. Une excellente affaire
d’abord pour le propriétaire du Tour. De 2003 à
2005, souligne Pierre Ballester, tandis que la
crédibilité sportive du Tour s’effondrait, les
bénéfices d’ASO ont pratiquement doublé. En 2006,
ils s’élevaient à un peu plus de 30 millions
d’euros. Une manne financière qui suscite la
convoitise de l’Union cycliste internationale
(UCI). Le bras de fer vient de déboucher sur une
rupture entre l’UCI et ASO qui a annoncé, le 3
juin, que le Tour 2008 ne se courrait plus sous
la tutelle de la fédération.

*TEMPÊTES SUR LE TOUR de Pierre Ballester. Editions du Rocher, 248 pages, 18?

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