L’obstination tue – Edito du 2 septembre 2013

Qu’est-ce qui est répressif ? dure depuis un siècle ? ne règle aucun problème ? fait empirer la situation  ? campe sur ses positions ? et nous empoisonne la vie ?

Depuis près de 100 ans on applique toujours la même politique. Grâce à elle un petit nombre d’individus peu recommandables ne cessent de s’enrichir sur le dos des autres. Ces derniers consomment à leurs risques et périls mais continuent malgré tout. Au nom de cette politique de nombreuses personnes sont mortes ou exploitées. Elle est un échec flagrant pourtant de par le monde la majorité des gouvernements ne jure que par elle. Ils confortent cette idéologie à grand renforts d’études scientifiques et de valeurs morales. Admettre le contraire serait pour beaucoup d’élus un suicide politique.
Heureusement, le mur de l’obstination commence à s’ébrécher avec des voix discordantes qui prônent des alternatives.

Et là, fidèles lecteurs, vous vous dites : « on va encore nous parler de la Prohibition des drogues. » Et bien vous vous mettez le doigt dans l’œil en passant par la narine. Cette politique qui nous emmerde encore plus que la prohibition, c’est l’Austérité. Les fameuses économies budgétaires qu’on nous assène par temps de crise.

Ce parallèle m’a sauté au yeux en lisant le dossier intitulé l’austérité tue du Courrier International du 30 mai 2013. Il commence par un article qui explique la relation entre le taux de suicide et le taux de chômage et plus généralement entre la santé des gens et l’application d’une austérité budgétaire dans les comptes publics. Quand on a fini l’article on comprend pourquoi le journal a choisi un tel titre à son dossier.

Le second article s’appelle un « Remède pire que le mal » et est écrit par Paul Krugman, un prix Nobel d’économie. De la même façon que la guerre à la drogue ne réussi pas à faire diminuer ni la consommation ni les trafics, il raconte comment l’austérité, au lieu de relancer l’économie aggrave la récession. Les leçons de l’histoire ne servent à rien d’une crise à l’autre depuis au moins 1929. D’après lui l’entêtement à stopper les dépenses publiques en temps de crise repose uniquement sur 2 aspects. Le premier est moral. De la même façon que « la drogue c’est mal », « dépenser en temps de crise, c’est mal » même si ces dépenses soutiennent la relance économique. Le second aspect est intéressé. L’austérité des comptes publiques en prônant la diminution de l’endettement, privilégie le remboursement des riches qui ont prêtés ou investis de l’argent (banques, entreprises, états, etc.) au détriment des aides à la relance qui profitent aux plus pauvres en favorisant l’emploi des chômeurs et la baisse des prix. Pour preuve la fortune des plus riches n’a pas baissé malgré la crise, voire elle a augmenté pour beaucoup depuis 2009.

Pour l’anecdote, cette idéologie de l’austérité en période de dette (et son corolaire la privatisation des services publiques) a été adoubé scientifiquement en 2010 par une étude de référence qui a servi au FMI et aux gouvernements pour justifier des mesures et sanctions économiques à des pays tels que la Grèce, l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne. Sauf qu’en avril 2013 un étudiant de thèse a publié des articles signalant de grossières erreurs dans l’étude de référence (dont des erreurs de formules dans Excel. la honte !). Idem les controverses scientifiques sont légions au sujet des drogues.
Malgré cela aucun changement de cap n’est prévu au niveau mondial même si certains pays comme l’Islande ont renoncé avec succès à suivre la voie de l’austérité en laissant les banques faire faillite. Pour les drogues, c’est l’Uruguay qui ouvre discrètement la voie en devant le premier pays à légaliser la production de cannabis aussi bien personnelle d’industrielle, réacréative que thérapeutique.

Pour Krugman tant qu’une crise sera précédé d’une bulle économique que l’on assimilera à une faute, il sera plus moralement correct de dire que « le salaire du péché, c’est la mort » que de dire « parfois ça merde ».

La consommation de drogues pâtit d’un traitement identique en tout point à cette dernière phrase.

Laquelle de ces 2 obstinations meurtrières,, la Guerre à la drogue ou l’Austérité budgétaire,cessera-t-elle en premier ?

A+

Kritik

 

Laisser un commentaire