Les dangers du Prozac chez les jeunes

On parle souvent de l’usage abusif de médicament par les patients, mais plus rarement de la prescription abusive…

Pour
la deuxième fois en moins de deux ans, l’Agence française de sécurité
sanitaire des produits de santé (Afssaps) publie de nouvelles
recommandations sur le bon usage des antidépresseurs chez l’enfant et
l’adolescent. "Il faut vraiment réfléchir à quatre fois avant de faire une telle prescription",
résume Anne Castot, responsable du département de la surveillance des
risques et de l’information sur les médicaments à l’Afssaps.

Alors que la fluoxétine (dont la forme la
plus connue est le Prozac) bénéficie, depuis août 2006, d’une extension
d’indication européenne dans le traitement des épisodes dépressifs
majeurs chez les enfants âgés de 8 ans ou plus, l’agence française a
lancé, mardi 5 février, un message de prudence. Outre le risque de
comportement suicidaire et agressif déjà mis en évidence, l’Afssaps
s’inquiète "des effets délétères de la fluoxétine sur la croissance
et la maturation sexuelle, en particulier des atteintes testiculaires
irréversibles"
, apparus lors d’une étude préclinique chez le rat juvénile. Face à ces données "préoccupantes" et dans l’attente "d’études complémentaires", l’Afssaps entend se démarquer de ses homologues européens. "Nous avons une position particulière qui est soutenue par les Néerlandais", souligne Mme  Castot.

Deux
nouvelles recommandations sont faites aux professionnels de santé.
Ainsi, il est préférable que la prescription de fluoxétine chez
l’enfant "pendant les périodes pré- et péripubère" soit effectuée "par un psychiatre ou pédopsychiatre" et accompagnée d’"un suivi de la croissance et du développement pubertaire". Chez l’adolescent, "pendant la période postpubère", la prescription peut être effectuée par un généraliste avec un suivi "similaire à celui recommandé pour l’adulte".

D’ABORD LA PSYCHOTHÉRAPIE

"L’antidépresseur n’est pas un traitement de première intention chez l’enfant et l’adolescent", rappelle Mme 
Castot. En cas de dépression avérée, d’intensité modérée ou sévère, le
jeune doit d’abord bénéficier d’une psychothérapie. Si le traitement
psychothérapique s’avère insuffisant, le recours à un antidépresseur
peut être envisagé, "sous surveillance étroite", et sans interrompre pour autant la psychothérapie.

La
prévalence de la dépression varie de 0,5 % chez les enfants à environ 3
% chez les adolescents. Reprenant le DSM-IV (outil de classification
des troubles mentaux établi par la psychiatrie américaine), le document
de l’Afssaps rappelle la définition de l’épisode dépressif caractérisé.

Chez
l’enfant et l’adolescent, les symptômes de la dépression prennent des
"modes d’expression" particuliers : humeur irritable ou revendicative ;
perte d’intérêt dans le sport, les jeux vidéo et les activités entre
amis ; problème dans la courbe de poids (anorexie ou boulimie) et
plaintes physiques fréquentes (maux de tête, maux d’estomac…) ; usage
de la télé excessivement tard dans la nuit ; refus de se lever pour
aller à l’école ; menaces ou tentatives de fugue ; ennui persistant ;
comportement d’opposition et/ou de dévalorisation ; mauvais résultats
scolaires, absences fréquentes ; idées suicidaires récurrentes.

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