Interview du président de la MILDT

M. Drogue entend respecter l’équilibre du triptyque prévention-soins-application de la loi…

Date : 19/10/2007
Source : http://www.valeursactuelles.com/public/valeurs-actuelles/html/fr/articles.php?article_id=880
Propos recueillis parArnaud Folch

Pour le nouveau président de la Mission interministérielle de
lutte contre la drogue et la toxicomanie, "la première des préventions,
c’est de prévenir la consommation". Il annonce la création de "quatre
communautés thérapeuthiques visant à l’abstinence".


Quelle mission vous a confiée Nicolas Sarkozy ?
Compte
tenu de la situation très difficile concernant la consommation des
drogues dans notre pays, le président et le premier ministre nous
demandent de nous mobiliser et de "changer de braquet" dans la lutte
contre la drogue ; c’est ce que je vais faire avec les ministères et
secrétariats d’État concernés. Notre rôle, c’est de coordonner et de
veiller au suivi de cette action et de ses résultats, dans le cadre
d’un plan. Nous achevons actuellement le plan 2004-2008 et travaillons
déjà sur le prochain en liaison avec nos partenaires européens.

Certaines associations, comme Act up, ont vivement critiqué votre nomination…
Cela
m’a étonné, car ils l’ont fait sans même demander à me rencontrer… À
croire, sans doute, que d’avoir travaillé avec le président de la
République est, par nature, inconvenant. Ma porte n’en reste pas moins
ouverte : c’est bien sûr une des missions du président de la Mildt que
de recevoir et d’écouter tous les acteurs qui ?uvrent dans le champ des
toxicomanies : associations, médecins, pharmaciens, enseignants, mais
aussi policiers, gendarmes, magistrats et diplomates. Cette diversité
est à ­l’image de notre approche, qui entend respecter l’équilibre du
triptyque prévention-soins-application de la loi.

Certains
ont reproché à votre prédécesseur de privilégier les soins au détriment
de l’application de la loi ? c’est-à-dire des sanctions. Qu’en
pensez-vous ?

Le fait que celui-ci était médecin a pu
donner l’impression d’un petit "tropisme" en matière sanitaire. En ce
qui me concerne, les choses sont claires : notre politique ne doit pas
consister à encourager ­l’usage des drogues, et la façon dont on
accompagne cet usage doit être strictement cadrée. La première des
préventions, c’est de mettre en garde contre la consommation. Et le
meilleur message, c’est de dire et répéter que les produits illicites,
le canna­bis, la cocaïne, l’héroïne sont des produits dont la
consommation expose à des risques parfois très graves.

La France connaît un nombre record de consommateurs de cannabis. Comment en est-on arrivé là et que proposez-vous ?
Concernant
le cannabis, nous avions jusqu’alors des lois dures et des pratiques
molles. La loi étant inapplicable pour des faits de consommation
(jusqu’à un an de prison ferme et 3 750 euros d’amende), elle n’était
tout simplement pas appliquée. S’est ajoutée à cela une hausse
considé­rable de l’offre. Résultat : une forte augmentation de la
consommation, 5 millions de Français ont déjà fumé du cannabis, 1,2
million en consom-me régulièrement et 500 000 quotidiennement. S’il
n’est dans l’intention de personne de les envoyer en prison, il faut en
revanche des sanctions adaptées, donc applicables, car il s’agit d’un
délit : c’est l’objet de la loi sur la prévention de la délinquance du
5 mars 2007, qui modernise la loi de 1970 sur le cannabis en
simplifiant la procédure et en permettant, entre ­autres, la création
de peines appropriées, comme les stages sur les dangers de la drogue
aux frais de l’usager interpellé.

La politique française
dite de "réduction des risques" (privilégiant la lutte contre les
risques sanitaires : distribution de se­ringues et de produits de
substitution aux toxicomanes, notamment) va-t-elle être poursuivie ?

La
politique de "réduction des risques" a été mise en place en 1996 afin
de répondre à une situation dramatique, notamment une épidémie de VIH
chez les usagers d’héroïne. Cette politique a été un succès puisque le
sida a considérablement diminué chez les usagers de drogue injectable.
Aujourd’hui, 100 000 personnes sont sous traitement de substitution
(méthadone et Subutex), certaines depuis très longtemps. Le
gouvernement entend bien sûr pour­suivre cette politique de réduction
des risques, mais j’entends aussi renforcer l’idée selon laquelle la
substitution n’est pas une fin en soi et qu’il faut en sortir. Nous
allons ainsi ouvrir quatre communautés thérapeutiques visant à
l’abstinence (sans drogues de subs­titution). Le mot sevrage ne me fait
pas peur. La première réduction des risques, c’est la réduction des
drogues.

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