La consommation d’héroïne repart à la hausse

Le nouveau président de la MILDT s’inquiéte de l’usage d’héroïne dans les milieux festifs…

Source : http://www.lefigaro.fr/france/20070924.FIG000000127_la_consommation_d_heroine_repart_a_la_hausse.html
Date : 24/09/2007 

 

Après dix années de forte baisse, elle a de nouveau les faveurs de jeunes « toxicos » qui n’ont pas connu les années sida.

 


CE N’EST PAS encore une déferlante mais déjà services de police et
intervenants en toxicomanie sont aux aguets. Depuis un an environ,
plusieurs signaux indiquent que la consommation d’héroïne en France, en
chute libre depuis la diffusion des programmes de substitution au
milieu des années 1990, est en train de repartir à la hausse. Jadis
perçue comme une drogue des bas-fonds, redoutable pour l’organisme et
difficile à se procurer, la poudre blanche serait même en train de
redorer son image auprès d’usagers qui, pour les plus jeunes, n’ont
jamais été témoins de ses ravages.

 
Signe de cette évolution, les saisies d’héroïne par la police, encore
rares il y a quelques années, se multiplient désormais sur le sol
français. En 2006, l’Office central de répression du trafic illicite de
stupéfiants (OCRTIS) a ainsi mis la main sur plus d’une tonne de
« blanche », soit 40 % de plus que l’année précédente et deux fois plus
qu’en 2003. Or, la moitié environ de cette marchandise était destinée
au marché français – tandis qu’une quantité non négligeable de drogue
était en voie d’acheminement vers la Grande-Bretagne, comme l’a prouvé,
le 16 janvier dernier, une saisie de 305 kilos de « brune » dans un
terminal de ferries à Loon-Plage (Nord). « Même
si on a du mal à estimer la quantité précise d’héroïne qui passe nos
frontières, il paraît clair que la récente reprise de la production de
pavot en Afghanistan va se traduire par une augmentation de l’offre
dans l’Hexagone »
, décrypte Jean-Michel Colombani, patron de l’OCRTIS.
 
Autre indice concordant, le nombre de personnes interpellées pour
détention d’héroïne, en hausse pour la troisième année consécutive, a
atteint 4 955 en 2006. Ces consommateurs, dont le plus jeune avait à
peine 13 ans, sont pour la plupart des jeunes, chômeurs ou ouvriers,
qui habitent en majorité le nord et l’est de la France. « Pour ce public, l’un des attraits de l’héroïne semble être la baisse des prix récemment observée, relève Jean-Michel Costes, directeur de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Actuellement, le gramme de poudre brune tourne autour de 40 euros, alors qu’il pouvait atteindre 120 euros il y a cinq ans. »
 
Acheminée depuis l’Asie centrale via la Turquie ou l’Europe du Nord, la
drogue est coupée plusieurs fois avant d’être vendue au consommateur
français, le plus souvent par quart de gramme, dans les grands centres
urbains mais aussi dans des zones moins peuplées. Début septembre,
c’est ainsi à Clermont-Ferrand que la PJ a interpellé trois hommes qui
s’apprêtaient à écouler trois kilos d’héroïne dans les environs, tandis
qu’en juin un réseau de trafiquants avait été mis au jour dans la
région de Rouen. Au total, 2 100 trafiquants de cette drogue ont été
interpellés en 2006, dont la plupart vendaient principalement pour
financer leur consommation personnelle.
 
Diffusion dans les milieux festifs

« Ce qui me frappe, analyse le président de la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Étienne Apaire, c’est
que l’héroïne, même si elle reste très peu répandue par rapport à la
cocaïne, semble aujourd’hui toucher un public nouveau et pas toujours
averti de sa dangerosité. »
Tandis qu’à la fin des années 1990,
quelque 100 000 toxicomanes se sont détournés de l’« héro » pour
intégrer des programmes de substitution visant à réduire les risques
d’overdose et à limiter la transmission du VIH, les spécialistes
croient en effet déceler une diffusion récente de ce produit dans les
milieux festifs. [NdT+ : face à ce constat, Apaire va-t-il plutôt utiliser une politque de réduction des risques ou bien la répression pour améliorer la situation ??]

 
« Nos enquêtes de terrain révèlent que de nombreux jeunes qui ont
l’habitude de prendre de la cocaïne ou des drogues de synthèse pour
s’énergiser, consomment aussi de l’héroïne pour mieux gérer leur
descente lorsque le week-end touche à sa fin »
, confirme
Jean-Michel Costes. De récentes études menées dans les centres
spécialisés révèlent que l’image de l’héroïne s’améliore aux yeux des
toxicomanes, tandis que celle des produits de substitution, comme le
Subutex, se dégrade. Car hors de tout circuit médical, le Subutex fait
désormais l’objet d’un trafic florissant. Les toxicomanes le consomment
le plus souvent par injection, s’exposant ainsi à toute une série
d’effets secondaires.
 
Forts de ces constats, les policiers de l’OCRTIS se gardent pour
l’heure de dramatiser le phénomène, encore marginal à côté du problème
de santé publique que posent le cannabis et la cocaïne. Pour autant,
ils envisagent de renforcer la coopération avec les polices de certains
pays d’Europe centrale, où l’héroïne est susceptible de transiter –
comme la République tchèque, la Bulgarie ou la Roumanie. De son côté,
la Mildt commence à se demander s’il ne serait pas opportun de
relancer, après des années de relative discrétion, des campagnes de
sensibilisation aux dangers de l’héroïne.

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