L’Europe est à son tour victime des mafias spécialisées dans la contrefaçon de médicaments

Même les drogues légales doivent faire face au marché noir, les médocs aussi…

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LE MONDE
25.05.07
Yves Mamou

Officiellement, la contrefaçon de médicaments –
10 % du marché pharmaceutique mondial, soit 50
milliards de dollars de chiffre d’affaires (37,2
milliards d’euros) – est un problème de pays en
voie de développement. En 2007, ce mythe ne tient
plus : l’Europe a commencé à être touchée.

En 2005, les statistiques douanières européennes
faisaient état de 148 saisies qui avaient permis
de confisquer 560 598 boîtes de faux médicaments.
Les données pour 2006 ne sont pas encore
disponibles, mais les premières estimations font
état d’une augmentation de plus de 380 % de ces
prises. Les douanes françaises à elles seules ont
saisi plus de 590 000 boîtes en 2006.

Un second mythe concernant le trafic de
médicaments est aussi en train de voler en
éclats. Jusqu’à présent, il était admis que la
contrefaçon et la contrebande en Europe ne
concernaient que des produits dopants (stéroïdes)
ou touchant à la sexualité (Viagra, Cialis…).
En réalité, d’autres produits, notamment ceux où
le pronostic vital est en jeu – faux
antibiotiques, faux anticholestérol, faux
antitrhombotiques, molécules anti-obésité
trafiquées, anticancéreux vides de principe
actif… – progressent sur le marché.

Le 22 mai, l’Afssaps (Agence sanitaire des
produits de santé) a annoncé qu’en février, elle
avait été informée de la saisie, au Royaume-Uni,
de 26 000 boîtes de faux Plavix, un
antithrombotique de Sanofi-Aventis. Le 14 mai, au
Parlement européen de Bruxelles, Jacques
Franquet, vice-président de Sanofi-Aventis et
chargé de la sécurité, indiquait qu’au cours des
derniers mois 100 000 boîtes de ce médicament,
avaient été saisies à Hongkong et 16 000 autres
boîtes à destination de l’Europe avaient encore
été stoppées à Dubaï.

Les problèmes semblent plus graves du côté des
appareils médicaux. Passons sur les 67 000 boîtes
de préservatifs contrefaits saisies en Irlande
entre 2004 et 2005 ou les 100 boîtes de faux
composites dentaires interceptées par les douanes
anglaises ou même encore sur les
pseudo-dispositifs antiherniaires saisis par les
douanes belges. Plus inquiétants sont les
centaines d’implants mammaires contrefaits qui
peuvent se décomposer une fois posés ou les
dispositifs antidiabétiques qui risquent de
désinformer les malades sur le taux de glucose
dans leur sang. "L’information manque sur
l’étendue de la contrefaçon. Nous allons lancer
une étude pour la mesurer", explique Ton Van
Lierop, porte-parole à la Commission européenne.

L’Europe n’hésite plus à pointer du doigt
l’origine géographique des trafiquants. Le 11
novembre 2006, les douanes européennes
expliquaient que "60 % des prises de médicaments
contrefaits révélaient une origine chinoise".
Miroslaw Zielinski, directeur de la politique
douanière à la Commission européenne, affirme,
quant à lui, l’importance croissante qu’y
prennent "l’Inde et les Emirats arabes unis".

Qui sont les trafiquants ? Des organisations
criminelles parfaitement structurées. Les triades
de Hongkong et de Taïwan qui ont acheté des
complicités dans leurs régions d’origine, le
Fujian et le Setchouan en Chine continentale, ont
construit des usines, embauché des ouvriers et
font garder le tout par des policiers véreux dans
le but d’inonder la planète de faux médicaments.

" Un kilo d’héroïne rapporte 200 % de profit, un
kilo de principe actif de Viagra acheté en Inde
permet d’effectuer plus de 2 000 % de profit",
explique David Cooper, responsable de la sécurité
du laboratoire Pfizer pour l’Europe, l’Afrique et
le Moyen-Orient.

Mais le trafic de médicaments peut aussi être le
fait de larrons d’occasion. "Des cadres de
l’industrie pharmaceutique ont pu profiter de la
nullité des risques pour monter un trafic mille
fois plus lucratif que leur dernier emploi
légal", explique Aline Lecadre, officier de
police à Interpol.

Quant aux points d’entrée des molécules
trafiquées dans le système commercial, les
professionnels en dénombrent deux principaux. Le
premier est Internet. Chacun a la possibilité de
commander ses produits à de fausses pharmacies en
ligne.

Le second, moins connu du grand public, est le
système dit d’importations parallèles de
médicaments. L’autorisation donnée à des
grossistes d’acheter moins cher les médicaments
en Grèce pour les revendre à un prix plus élevé
en Angleterre ou en Allemagne est une faiblesse
structurelle, estime Jean-François Dehecq, PDG de
Sanofi-Aventis.

Un professionnel corrompu peut inonder les
pharmacies avec des produits dangereux.
"Plusieurs pays européens ayant des frontières
communes avec la France ont été confrontés à des
cas de contrefaçons de médicaments", explique
Jean Marimbert directeur général de L’Afssaps.
Pour M. Dehecq, le trafic est facilité par la
faiblesse de l’arsenal pénal. "Il n’est pas
sérieux de condamner un trafiquant de médicaments
à la même peine qu’un copieur de tee-shirts de
luxe", s’insurge-t-il.

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