La drogue sous contrôle

Et si toutes les drogues bénéficiaient d’une légalisation contrôlée avec un "permis" de se droguer réservé aux drogues dures…

http://www.centpapiers.com/La-drogue-sous-controle,1490 
le 8 mai 2007
Opinion : Pierre JC Allard

De toutes les aberrations de la société actuelle.
Il en est peu qui apparaissent aussi couteuses et
aussi néfastes que cette guerre perdue que l’on
prétend mener contre le trafic de la drogue.
Cette « guerre à la drogue » est un non sens pour
deux raisons.

La première, au palier des principes, c’est que
la relation entre la société moderne et
l’individu repose sur le respect de la liberté de
ce dernier, à laquelle l’État n’impose des
limites que pour le bien ou le respect de la
liberté des autres. Au nom de quel droit l’État
viendrait-il dire à un adulte sains d’esprit
qu’il peut ou ne peut pas d’absorber une
substance quelconque. De quoi je me mêle ? Qui en
a décidé ainsi ? Pourquoi ?

La seconde, bien pratique, c’est qu’il est
inacceptable, alors que l’on voit se développer
dans la société une violence croissante, allant
du « taxage » dans les écoles à la montée en
puissance des gangs de rue, que la plus grande
partie des ressources policières du monde soit
occupée tout azimut à jouer au cow-boy avec les
trafiquants de drogues, lesquels ne font que
répondre à une demande.

Il ne s’agit pas de savoir si la drogue est bonne
ou mauvaise pour la santé ; le tabac, l’alcool,
le café ne sont pas bons pour la santé. La
pollution qui sort des tuyaux d’échappement des
centaines de millions de voitures qui circulent
sur les routes n’est pas bonne pour la santé.
Bien sûr, la drogue est essentiellement nocive et
il faut prendre toutes les mesures possibles pour
que n’y aient pas accès les mineurs et
incapacités mentaux, mais, quand on parle
d’adultes, toute prohibition qui ne protège pas
les droits d’autrui est intolérable.

Il est normal que tout individu majeur et sain
d’esprit ait le droit inviolable de consommer ce
qu’il veut ; il est donc incontournable que l’on
doive tôt ou tard légaliser l’usage de TOUTES les
drogues. On tarde à le faire pour des raisons qui
prêtent à interprétation, mais on y viendra
bientôt. Le problème, c’est de concilier
l’exercice de ce droit à consommer avec la
volonté sociale bien justifié que la drogue ne
devienne pas un pilier de notre culture. Comment
pourra-t-on éviter la diffusion intempestive de
la consommation des drogues dites « dures » en
simple réaction à la levée de la prohibition dont
elles ont fait l’objet ? Une diffusion d’autant
plus pernicieuse que, pour certaines d’entre
elles, une assuétude peut être vite créée ?

Aucune solution ne sera parfaite, mais on
pourrait s’inspirer du principe qu’un produit
dangereux ne doit jamais être accessible aux
mineurs et incapables et alléguer que cette
inaccessibilité ne peut être assurée efficacement
que si le produit demeure sous la surveillance
des autorités. Partant de là, on pourrait
interdire non pas la consommation, mais la
circulation des drogues « dures ».

On pourrait exiger que quiconque veut consommer
légalement ces drogues – essentiellement les
opiacés – obtienne un permis à cet effet. Un
permis qu’on lui accordera sans discussion, mais
qui ne lui permettra de s’en procurer que dans
des boutiques de l’État et à la condition de les
consommer sur place. Quiconque a son permis
devrait pouvoir se présenter à une boutique de
l’État et acheter la drogue qu’il veut, mais il
ne devrait pas quitter les lieux avant de l’avoir
absorbée. La drogue ne doit pas circuler.

Évidemment, il est ennuyeux de devoir passer à la
boutique pour recevoir une piqûre d’héroïne, mais
le narcomane qui en a vraiment besoin ne reculera
pas devant cet effort. Celui qui refusera cet
effort, ce sera celui qui n’en n’a pas besoin.
Celui qui veut essayer. Inutile de lui faciliter
l’expérience?.

La possession d’une drogue dure à l’extérieur
d’un local prévu pour sa consommation ne devrait
pas mener à une peine de prison, mais à une
amende sévère. Celui qui payera 500 $ d’amende,
parce qu’il ne s’est pas rendu à la boutique de
l’État où il aurait pu obtenir sa dose pour deux
dollars, y songera longtemps avant de refaire
cette erreur.

Quiconque a son permis et veut un « fix » devrait
pouvoir l’avoir immédiatement à crédit à la
boutique : on ne joue pas avec les dépendances.
Il n’en aura pas un autre, cependant, avant
d’avoir réglé son dû. Comme il s’agira d’un
montant insignifiant, le seul qui ne pourra pas
faire face à cette obligation sera celui que sa
drogue aura amené à un état de turpitude tel,
qu’il ne peut plus disposer du moindre revenu.

Celui qui se présente à une boutique sans avoir
le prix de ce qu’il a déjà consommé et en
redemande n’est plus fonctionnel. Il est devenu
un danger social. Son manque est donc satisfait
sur le champ, mais il est aussi mis sous arrêt et
envoyé immédiatement en centre de
désintoxication. L’ordre de cours pour sa cure
fermée est automatique et il n’y a pas
d’exceptions.

Il ne s’y retrouvera pas en milieu hostile, car
quiconque en fait la demande doit pouvoir aussi
être admis de son plein gré et gratuitement en
centre de désintoxication, d’où il doit
simplement accepter à l’entrée qu’il ne recevra
son congé que lorsque, de l’avis des experts du
centre, il sera désintoxiqué. Assez libre de sa
dépendance pour faire un libre choix.

Celui qui y est assigné par la loi, comme celui
qui va de son propre gré en désintoxication, en
sort libre. Rien ne l’empêche de recommencer le
lendemain, mais il aura eu sa chance…. et au
besoin, il en aura d’autres. Il sera un fardeau
pour la société, mais, même s’il le fait cinq
fois, dix fois, cent fois, ce fardeau sera bien
plus léger que celui de maintenir en place les
forces policières requises pour tenter vainement
de l’empêcher de consommer. Et on aura substitué
la liberté et la notion d’aide, à l’intrusion de
l’État et aux prohibitions.

On sera sur la bonne voie, mais il faudra faire
plus. En parallèle à cette démarche d’accès
contrôlé à la drogue – et de réhabilitation
forcée dans les cas extrêmes – il faut mettre en
place une politique d’information. Mettre en
place, aussi et surtout, une politique de
conditionnement pour inculquer aux enfants, dès
leur plus jeune âge, un profond dégoût de la
drogue.

Conditionnement ? Ne jouons pas les vierges
offensées ; toute éducation est un
conditionnement. Si on a pu, pendant des siècles,
contrôler la libido des adolescents en les
menaçant d’un enfer intemporel, ne peut-on pas
juguler la tendance à expérimenter les drogues
dures, au moins dans les cas où l’accoutumance
n’est pas prénatale, par la simple démonstration
des dommages bien réels liés à leur usage ?

En légalisant toutes les drogues, mais en ne
permettant l’usage des drogues « dures » que sous
contrôle, dans un cadre où le plein consentement
de l’usager à en accepter les effets nocifs ne
fait aucun doute, on fait tout ce qui est
acceptable pour que le nombre reste gérable de
ceux qui en consommeront, mais on respecte la
liberté individuelle.

Cette liberté n’est pas négociable. Personne n’a
le droit de disputer à un autre être humain la
béquille dont il veut s’aider pour faire face à
sa condition humaine.

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