La RdR au colloque Toxicomanie-Hépatites-Sida

Salles de consommation de drogues et actions en teufs au programme de THS…

Un réseau international de "salles de consommation encadrée" a été créé à Bilbao et présenté à Biarritz

Il aura beaucoup été question de politique de réduction des risques au
8e colloque international "Toxicomanies, hépatites, sida", achevé hier
à Biarritz, ayant réuni 650 professionnels des secteurs de la santé. En
particulier par la présentation de l’expérience à Bilbao d’une "salle
de consommation encadrée", et par la question des types d’intervention
sanitaires dans les milieux festifs, notamment par le testing.

Celina Pereda a ainsi rappelé que ce colloque a été précédé lundi à
Bilbao de la création d’un réseau scientifique international de salles
de consommation encadrée. Le médecin de l’ONG Munduko medikuak a
réaffirmé que "le droit à la santé est valable pour tout un chacun, y
compris les toxicomanes". Ainsi la création en novembre 2003 dans la
capitale biscayenne d’une salle de consommation de drogues dites dures,
supervisée, "s’est révélée une stratégie efficace pour la réduction des
risques et dommages associés à la consommation de drogues dans
différents pays". Si ce type d’expérience médicale a connu des
balbutiements à Berne et à Bâle (Suisse) en 1986, la première salle de
consommation hygiénique proprement dite a vu le jour à Sydney en 2001,
suivi par Genève la même année, puis à Vancouver en 2003. Toutes ont
été présentées mercredi à Biarritz.

Le docteur Jose Julio Pardo est revenu sur la longue marche qui
a abouti, en plein c¦ur de Bilbao, à l’ouverture d’un tel équipement.
Medikuak avait lancé au début des années 90 des programmes de réduction
des risques au sein de centres (tel Hontza) réalisant un accueil et
l’échange de seringues pour les toxicomanes à l’image du travail de
Médecins du monde dans l’hexagone. Les arguments en faveur d’une
structure où le toxicomane s’adonne à son addiction ne manquent pas:
améliorer la santé d’usagers en situation d’exclusion sociale, acquérir
des habitudes plus sanitaires, utiliser du matériel hygiénique, être au
contact d’une population qui s’adresse rarement aux services sociaux,
réduire les seringues souillées retrouvées dans la rue, créer des
mécanismes qui favorisent la réduction à terme de la toxicomanie.

La salle s’est installée dans un endroit où les toxicomanes se
shootaient (station de la gare Concordia), dans un quartier populaire,
socialement dégradé, proche du centre-ville. Après de multiples
réunions avec les associations d’habitants particulièrement inquiètes
d’un tel voisinage, "une difficulté récurrente pour ce type de centres"
[à l’image du centre de méthadone à Bayonne finalement installé à
l’hôpital, ndlr]. Medikuak a obtenu des médias un silence durant trois
mois après l’ouverture. Jose Julio Pardo relate les propos d’un
habitant du quartier qui estimait que le projet était un échec complet
puisqu’il n’y avait jamais personne. "Peut-être s’attendait-il à voir
une queue de toxicomanes devant la salle…" La fréquentation dépasse
en tout cas les prévisions du département drogadependencias du
gouvernement basque qui tablait sur 600 personnes. En quatre ans, ce
sont plus de 1800 toxicomanes qui sont passés par cette salle. A 85%
des hommes. 87000 actes de consommation y ont été réalisés (58600 par
intraveineuse, 26600 par inhalation et 1 800 par sniff). "Et aucun
décès en quatre ans" souligne le médecin.

 

 

Missions en milieu festif

 

C’est également l’argument sanitaire qui a été mis en
avant dans l’atelier à propos des "interventions de prévention et de
réduction des risques en milieu festif". A la suite des associations
d’usagers de drogues qui ont des pratiques dites d’auto-support
(améliorer les conditions de prise et la qualité des produits),
Médecins du monde a étendu en 1997 son programme d’échange seringue au
testing ou RPP, Reconnaissance présomptive des produits, initié en 1990
en Hollande. Au sein des fêtes (essentiellement les technival et rave
parties), discrètement, des équipes de Médecins du monde proposaient au
festivalier de tester la qualité du produit. Une pratique interdite
depuis un décret gouvernemental d’avril 2005. Une décision déplorée par
Jean-Luc Pradeille, responsable de la mission rave de Médecins du monde
à Bayonne. D’autant que c’est une méthode qui a fait ses preuves,
estime son homologue de Marseille Hans Gadelius. Ainsi, le testing peut
révéler des résultats stupéfiants: une pilule vendue comme de l’ecstasy
(drogue de synthèse, méthylène-dioxy-méthylamphétamine ou MDMA) peut en
réalité être de la pierre d’alun, de la nivaquuine (qui à 2 grammes
peut être mortelle), du Burinex, de la célestamine… parmi les
résultats courants de ces testing.

C’est une des pratiques de la "clinique hallucinée" mise en ¦uvre
par Médecins du monde dans les festivals. Il y a aussi la gestion des
comas ("ce qui est rare"), les petits bobos et les pratiques de
"réassurance" lors des bad trips. Ces derniers états de crise, de forte
angoisse, "de détresse psychique" provoqués par le LSD, le speed, la
kétamine ou même l’alcool, nécessitent une prise en charge particulière
décrite par Alexandre Peyre de Médecins du monde-Paris qui, à la
différence des usages de la Croix-rouge ou de la Protection civile, ne
passe pas par l’évacuation. Il s’agit le plus souvent d’isoler l’usager
en crise, de le rassurer, le laisser au calme… puis à la fin de la
crise, voire pendant, beaucoup discuter. Moment, en situation de
relaxation, conceptualisé comme Chill out.

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