Chien et LSD, un mythe qui a le poil dur !

On connaît tous quelqu’un (c’est peut-être même toi en train de lire !) qui peut assurer mordicus avoir vu un chien chéper parce qu’un amateur de LSD l’avait caressé. Il existe pourtant beaucoup de raisons pour lesquelles le mythe du chien sous LSD après avoir été caressé par un tripé est faux.

Là où ça devient intéressant dans ce genre de conversation c’est de poser au fervent protecteur des animaux la question qui tue :

« Quelle quantité de sueur, d’urine ou de caca faudrait-il étaler sur la peau d’un être vivant, au hasard un chien, pour qu’il soit défoncé au LSD ? Sachant bien sûr que la dose active pour un chien est nettement supérieure à celle de l’homme. Cette dernière information figure dans le chapitre 2 du livre d’Albert Hofmann LSD mon enfant terrible. »

N’oublie pas de mentionner cette référence. Le nom du fameux professeur résonnera dans la tête de ton interlocuteur pendant qu’il cherchera en vain une réponse intelligente. Cela te permettra par la suite de lui asséner l’argumentaire qui suit sans qu’il ne bronche.

On commence par un petit coup de pommade : « Comme tu dois le savoir (les croyant de cette rumeurs sont paradoxalement très souvent des amateurs de trip) le LSD est un produit très actif qui se dose en microgramme (1 μg = 0,000001 gramme !). »

Puis on enchaîne les coups : « Cette infime quantité de substance est assimilée par l’organisme qui le transforme en d’autres molécules inutilisables par le corps qu’on appelle les métabolites (y’a des chances pour qu’il soit déjà largué dès cette étape !). Ces métabolites sont éliminés par le corps par les moyens classiques.
Prenons l’exemple d’un trip contenant 300 μg de LSD (c’est déjà costaud, note l’œil brillant de l’interlocuteur.). D’après Hofmann (même référence que plus haut) entre 1 et 10 % du LSD n’est pas métabolisé par le corps. Nous avons donc à disposition après consommation au mieux 30 μg de LSD encore actif qui n’a pas été métabolisé disséminés dans la sueur, l’urine et les excréments. »

Si ton binôme de tchatche a bien suivi et qu’il n’est pas trop borné, il devrait se rendre compte que même si un chien arrive à ingurgiter les 30 μg de LSD qui sort du corps d’un humain, cette dose n’est pas suffisante pour le percher. Mais souvent par la magie de la mauvaise foi, cet argument se retournera contre toi. Et l’autre (qui vient d’avoir la preuve qu’il n’avait pas avant que le LSD actif peut sortir du corps humain) essaiera de te déstabiliser pensant te prendre au piège avec un grand : « Tu vois ! Un tripé peut transmettre du LSD à un chien en le caressant ».

Deux options s’offre à toi. Le match nul en concluant « Oui c’est vrai en théorie, mais la dose ne lui fera rien. », ou alors, tu peux regarder au dessus de la tête de ce colporteur de rumeurs à la con le texte « FINISH HIM » qui clignote en rouge sang et décider de lui envoyer le coup de grâce.

« Bon, écoute bien. En imaginant que tu aies pu récupérer auprès de plusieurs chéper au LSD les quelques litres de fluides corporels nécessaires à percher un chien, encore faut-il atteindre la peau de l’animal. En effet si Albert Hofmann avait été un chien ou un singe, il n’aurait probablement jamais découvert accidentellement les effets du LSD en faisant tomber une goutte sur sa main. »

Là l’interlocuteur comprend que si sa théorie à lui est vraie alors le LSD n’existe pas ce qui provoque instantanément une rupture de son continuum espace-temps. Nom de Zeus, c’est le moment de poursuivre.

« Si Hofmann avait été un chien (attention vu l’état dans lequel tu as mis ton pote cette phrase peut provoquer des hallus), la goutte de LSD n’aurait jamais pu traverser la fourrure quasi imperméable puis le sous-poil pour atteindre la peau. On compte 100 à 600 poils/cm2 au minimum chez les chiens contre 10 à 50/cm2 chez l’homme (ou la femme pas de jaloux à ce niveau).
De plus le LSD n’est pas absorbé sur une peau sèche or celle des chiens est beaucoup plus sèche que la notre (c’est pour ça qu’ils régulent leur température en ouvrant souvent la gueule ! ). Leur taux d’absorption du LSD par la peau est donc moins bon que le nôtre qui est déjà pas terrible. »

A ce stade, tu gagnes le débat par KO et peux te permettre de philosopher sur ce type de légende :
« Enfin une bonne raison valable pour la plupart, si ce n’est toutes les drogues. S’il s’avérait que récupérer sueur, urine ou excréments pouvait défoncer, cela ferait longtemps que les meilleures techniques de récupération et d’extraction (pour cela cherche « Jenkem » sur internet) se partageraient entre consommateurs comme c’est déjà le cas sur la récupération des substances dans les cotons d’injections (attention gros risque de contamination Hépatites C et autres maladies !) ou les résidus des pipes. Mais là aussi il réside pas mal de mythes ! »

Moralité. Si un chien réagit bizarrement avec un chéper au LSD ou même plein de chéper au LSD, c’est d’abord parce que ces chépers agissent bizarrement par rapport à d’habitude. Il est plus probable qu’un chien en teuf gobe un truc par terre ou dans du vomi que par un contact tactile avec un tripé.

Cet article de Techno+ est paru dans Mouvement Libre N°4 de Mars 2016.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.