Si tu vas en teuf et que tu ne soutiens pas une réforme de la politique des drogues basée sur la liberté individuelle, le droit à l’information et la santé, alors, tu te tires une balle dans le pied !

Tous les actes de répression que nous subissons (saisies, amendes, interdictions, discrimination, etc.) seraient-ils aussi bien acceptés par l’opinion publique et parfois une partie d’entre nous si à l’origine notre mouvement n’avait pas été associé à la consommation de drogues, dans une société farouchement prohibitionniste ? Avant même les dégradations, les atteintes à la propriété, les nuisances sonores, c’est la consommation de drogues qui a été pointée du doigt dans les soirées techno par les médias puis instrumentalisée par des politiciens.

Associer un vice à un comportement et prohiber celui-ci dans le but de contrôler un groupe ou une population est un procédé aussi vieux que la politique. L’histoire moderne de la Prohibition internationale des drogues, vieille d’un siècle, n’est qu’une succession d’exemples. Les États-Unis, fer de lance de la Guerre à LA Drogue, ont interdit l’opium face à l’immigration asiatique, le cannabis par peur des travailleurs latinos et ont prohibé la cocaïne quand les afro-américains se sont mis à en consommer. Aujourd’hui encore aux USA, les fumeurs de crack (cocaïne base), qui sont majoritairement noirs, sont plus sévèrement punis que les sniffeurs de cocaïne poudre qui sont majoritairement blancs.

En France, comme dans les autres pays, appliquer l’interdiction de consommer des drogues est impossible. Cette lutte policière n’est aussi qu’un prétexte pour cibler certaines populations. Et ce n’est pas un hasard si la France, d’abord réfractaire, n’a intégré dans sa législation les conventions internationales prohibitionnistes qu’au lendemain du mouvement contestataire commencé en mai 68. La Loi du 31 décembre 1970, dont les principes sont toujours en vigueur, est l’une des plus sévère d’Europe. Cette loi d’exception permet des mesures digne de la lutte contre le terrorisme à l’encontre de simples citoyens qui n’ont fait de « mal » qu’à eux-mêmes. On comprends alors aisément pourquoi les pouvoirs en place ont tout intérêt à entretenir le mythe du « fléau de LA Drogue ». De plus cette loi en interdisant la présentation des drogues sous un jour favorable nie les raisons même du succès de la demande de ces substances. C’est avant tout une recherche de plaisir ou de soulagement qui motive les consommateurs.

Depuis 20 ans Techno+ refuse l’hypocrisie de ceux qui disent qu’il n’y pas de lien entre la techno et les drogues. C’est faux ! L’ivresse psychoactive fait partie de cette culture et c’est justement son intégration assumée collectivement qui a fait le succès et l’efficacité de l’action initiée par Techno+ en 1995 et qui a été depuis reproduite partout en France.

Cette démarche, appelée officiellement Réduction des Risques pour les usagers de drogues (RdR),  vise à reconnaître l’usage des produits et à privilégier la santé. Au terme d’un combat commencé dans les années 80 par les militants de la lutte contre le sida et qui ont été ensuite rejoints par les consommateurs récréatifs de drogues, la RdR est depuis janvier 2016, inscrite dans le code de santé publique au même niveau que la répression des drogues. Contrairement à ce que certains essayent que vous faire croire, répression et RdR ne peuvent cohabiter.

Il est donc primordial, y compris dans l’intérêt des teufs, de se mobiliser
et de soutenir les amateurs de substances psychoactives.
Peu importe si tu consommes des drogues ou pas.
Nul n’a besoin  d’être homo pour soutenir la Gay Pride.

Les moins jeunes d’entre vous l’ont surement remarqué, ces quinze dernières années, le ton a bien changé sur la légalisation des drogues. Le sujet rigolade des émissions pseudo politiques où on se moquait gentiment des hippies fumeurs de joints s’est transformé en un sujet sérieux. De l’action coup de poing de l’ami J-P Galland envoyant un spliff à chacun des 577 députés de l’assemblée nationale (et prenant par la suite une amende faramineuse), on est passé aux interviews posées de sociologues expliquant l’échec de la guerre à la drogue. Il faut dire que l’objectif d’éradiquer les drogues tel qu’il avait été posé à l’ONU en 1996 apparaît désormais comme une utopie beaucoup plus fantaisiste que celle des anti-prohibitionnistes.

Ainsi, en ce début d’année Courrier International titrait tranquillement « Drogues : Faut-il tout légaliser ? » pendant que Libération publiait une tribune assassine sur l’hypocrisie de la guerre à la drogue. Du côté des politiques aussi les choses commencent à bouger. Après Duflot, Taubira et Peillon, J-M Leguen vient de proposer de relancer le débat… Le maire de Sevran continue aussi de plaider pour la légalisation du cannabis, accompagné dans son combat par Supersac, un ancien flic lassé d’arrêter des fumeurs de chichon pour faire du chiffre. A Grenoble, le procureur de la République rabâche que la guerre à la drogue ne fonctionne pas et, en avril dernier, suite à un règlement de compte (au 9 mm et devant une école) qui a fait deux morts, le maire de la ville se range publiquement à ses côtés pour réclamer un changement de la politique des drogues…

Mais le gros événement de l’année c’est l’UNGASS, une session des Nations Unies spéciale drogue qui se réunit tous les dix ans. La cuvée 2016 promettait d’être croustillante avec pas mal de changements depuis la dernière : le rapport accablant de la Global Commission on Drug Policy dirigée par Kofi Annan et co-signée par une vingtaine de hautes personnalités du monde politique, l’Uruguay qui a légalisé toute la filière du cannabis, les dizaines de milliers de morts liés au trafic de coke au Mexique qui poussent les états sud-américains – désemparés face à des cartels qui disposent de plus de ressources qu’eux – à remettre en question les conventions internationales, des États américains qui légalisent la marijuana (comme le Colorado où le commerce du cannabis a généré 50 millions de dollars d’impôts en un an) et, en Europe, les évaluations positive des changements législatifs au Portugal qui a dépénalisé l’usage de toutes les drogues en 2004 (sans connaître l’apocalypse qu’on lui avait prédit), de la Tchéquie qui lui avait emboité le pas et de l’Espagne avec ses cannabis social clubs…

La prohibition des drogues se fissure et craque de tous côtés, cependant certains pays restent opposés au changement. C’est le cas de l’Angleterre (qui vient de promulguer une loi interdisant la consommation de toute molécule psychoactive), de la Russie (plus de 2 millions d’héroïnomanes, 1 million de séropositifs et aucun programme de substitution ou d’échange de seringues digne de ce nom), ou pire encore, de pays Alsatiques, comme la Chine, Singapour, l’Indonésie… ou Moyen orientaux (Iran, Arabie Saoudite, EAU) qui continuent de pratiquer massivement l’exécution de trafiquants de drogue.

Bref il y avait des enjeux autour de l’UNGASS 2016 et on attendait de voir la position qu’adopterait la France, tout en ayant peu d’espoir de la voir défendre une politique progressiste.

Notre pays se réclame d’une vision conservatrice, celle de la politique des petits pas… politique du sur place même, pour beaucoup d’observateurs qui craignent que la France ne sorte de la prohibition que pour mieux entrer dans une sur-pénalisation des consommateurs avec, certes la disparition des peines de prison (rappelons qu’en ce moment même, au pays du vin et des antidépresseurs, 2000 personnes sont incarcérées pour simple usage de stupéfiants) mais des amendes, des stages et des retraits de permis abusifs à tout va, histoire de désengorger les tribunaux tout en engrangeant des sous. Tout bénef, sauf bien sûr pour vous ! D’où l’intérêt de se mobiliser.

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