Les « botellones », beuveries publiques entre jeunes, inquiètent la Suisse

Les jeunes Suisses, après les Espagnols, se mettent à faire la fête directement dans la rue…

Source : http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-1073842,50-1087589,0.html
Date : 25-08-08

Faut-il interdire ou tolérer le "botellon"
? En Suisse, la polémique enfle autour d’un phénomène né au milieu des
années 1990 en Espagne, et qui a fait irruption cet été dans les
principales villes helvétiques. Un bottelon – littéralement "grosse bouteille"
en espagnol – est un rassemblement spontané de centaines ou de milliers
de jeunes dans un lieu public, en vue d’une consommation non modérée
d’alcool, à moindres frais. Chacun y apporte sa boisson : soda, bière
et surtout alcool fort pour faire des cocktails. Les invitations sont
généralement lancées via Internet, et permettent aux 15-24 ans de
s’enivrer jusqu’à l’aube. Avec les dommages collatéraux que cela peut
entraîner.

Vendredi 22 août, le parc des Bastions, au pied de la vieille ville de Genève, a accueilli son deuxième bottelon. Mais le temps automnal et l’encadrement mis en place par la municipalité ont, semble-t-il, eu raison de l’enthousiasme.

Vers
23 heures, environ 400 jeunes gens piétinaient devant le mur des
Réformateurs, sous la statue géante de Calvin. Manuel Tornare, le maire
socialiste de la ville, était venu "parler aux jeunes" sous l’oeil attentif des journalistes. Dans la foule, Yvan, un aide-pharmacien de 24 ans, se disait déçu. "Le 18 juillet, on a fait ça à l’arrache, sans que les autorités s’en mêlent. Il y avait 1 300 personnes. C’était la folie, expliquait-il. A Genève, plusieurs lieux alternatifs ont disparu. C’est beaucoup trop cher d’aller dans les bars et les boîtes",
ajoutait-il, résumant la philosophie ambiante. Un artiste zurichois de
33 ans, déjà passablement éméché, levait les yeux au ciel, estimant que
seuls des "ploucs" avaient répondu à l’appel.

Vers 3
heures, la fête a sagement pris fin, avec le ramassage des ordures et
un seul incident signalé : une bouteille écrasée sur la tête du
photographe du SonntagsBlick par un groupe de marginaux, habitués du parc.

La mode du bottelon
inquiète cependant les pouvoirs publics. A Genève, la municipalité n’a
donné son feu vert que le 20 août. Le même jour, l’exécutif de
Lausanne, lui aussi majoritairement de gauche, a interdit une fiesta
alcoolisée prévue, le 23 août, sur l’esplanade de Montbenon, devant le
palais de justice. "Ces soirées engendrent à la fois de nombreux
risques pour les consommateurs – agressivité, alcool au volant, coma
éthylique -, des nuisances pour le voisinage et des problèmes d’ordre
public – déprédations, déchets, bagarres"
, ont indiqué les responsables.

Même refus à Zurich, où les amateurs avaient prévu de se retrouver le 29 août, sur la Blatterwiese, pour "fêter la rentrée scolaire".
A Berne, des jeunes veulent investir, le 30 août, la place Fédérale où
se trouve le palais abritant le Parlement suisse et le siège du
gouvernement. La municipalité pourrait proposer un autre lieu.

De
tradition plus libérale, Genève, elle, prône la tolérance et
l’organisation. Le 18 juillet, les autorités avaient été mises devant
le fait accompli. Au petit matin, les promeneurs avaient découvert le
sol du parc des Bastions jonché de cadavres de bouteilles et de
détritus. Le 8 août, un bottelon sauvage a été empêché au
dernier moment. Depuis, l’équipe municipale a pris langue avec les
"organisateurs" et des conditions ont été posées pour la fête du 22
août. Il fallait donc qu’une dizaine de bénévoles fassent le ménage et
que la brigade des mineurs soit sur place. Interrogé sur son ouverture
d’esprit, Manuel Tornare a rappelé l’expérience espagnole : "Quand
José Maria Aznar a interdit ce genre de manifestations, les jeunes se
réunissaient à 30 km des villes et certains se tuaient en revenant en
voiture pris de boisson."

En Espagne, une loi anti-bottelon
a été adoptée en 2002, sous la pression de riverains excédés par les
hordes de jeunes qui, chaque week-end, occupaient les espaces verts,
les trottoirs et les places. Mais la législation est difficile à
appliquer.

Craignant un tel déferlement, Lausanne a préféré
interdire les rassemblements. Raphaël Lutz, l’étudiant âgé de 24 ans
qui avait lancé l’invitation sur Facebook, réfute vigoureusement les
accusations de beuveries, et ne regrette qu’une chose : ne pas avoir
plutôt appelé son rendez-vous "limonadon" ou "pique-nique".

 

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