Rapport 2026 du Sénat sur les raves-parties illégales : Techno+ auditionnée

Dernière mise à jour le 30/04/2026 <!– by Techno+ –>

En vue de l’examen en mai 2026 de la loi de sécuité intérieure, RIPOST, le Ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, a commandé en janvier 2026 l’ouverture d’une mission d’information au Sénat sur les rodéos urbains, les raves et autres occupations illégales, brèves et dangereuses de l’espace public à des fins récréatives.

Les sénateurices, Lauriane Josende (LR) , Isabelle Florennes (Centre) et Hussein Bourgi (PS), en charge du dossier ont rendu leur rapport le 29 avril. Il va à l’encontre du précédent rapport parlementaire sur les grands rassemblements techno, datant de 2008.

Courant février plusieurs associations issues du mouvement des free party avaient été audtionnées et la Ligue des Droits de l’Homme qui avait demandé à l’être n’a jamais eu de réponse à se demande.

Techno+ publie le contenu de son audition dont l’objectif était de montrer par des exemples concrets qu’il était possible pour les pouvoirs publics d’accompagner une politique culturelle des free party.

Présenter brièvement les objectifs, les actions et les résultats obtenus par votre association.

L’association Techno+ a été créée en 1995 pour favoriser l’épanouissement du mouvement culturel techno. Depuis le départ sa stratégie est basée sur l’ouverture et le dialogue, avec les pouvoirs publics, avec les médias, avec le monde scientifique et médical et sur l’Europe et international.

Concrètement l’association est présente principalement dans les fêtes amateures mais aussi dans les évènements festifs commerciaux et/ou professionnels pour y mener des actions de promotion de la santé, de prévention et réduction des risques liés aux pratiques festives.

Pour cela nous promouvons l’engagement des jeunes sur des postures et des missions de soutien, d’entraide, de prise en charge et d’orientation.

Fournir les données à votre disposition sur :

Le nombre de free parties organisées annuellement en France ;

Il n’existe pas à notre connaissance de chiffres officiels actualisés sur le nombre de free party depuis le rapport parlementaire sur les “Rassemblements festifs techno” rédigé en 2008 par le député Jean-Louis Dumont. Ce document notait la difficulté de recensement de ce type d’évènement.

Techno+ n’observe pas d’évolution quantitative.

Le nombre moyen de participants ;

Là encore, aucune enquête sérieuse n’a été effectuée depuis le rapport Dumont qui estimait le nombre de participant·es à près de 350 000 personnes en 2007.

Sur notre terrain d’intervention, il faut distinguer les événements classiques (90% du total) qui rassemblent entre 80 et 400 personnes (moyenne : 250) et les gros événements qui peuvent rassembler entre 800 et 30000 personnes (moyenne : 2000).

Le profil sociologique des participants et des organisateurs ;

Environ 60 à 70% d’hommes. 80% ont un âge compris entre 18 et 30 ans mais il y a aussi des participants plus âgés (jusqu’à 50 ans et plus). 

Au niveau des catégories socio-professionnelles c’est très diversifié, les classes moyennes semblent majoritaires mais il y a aussi des personnes plus précaires et d’autres plus aisées. A noter : il y a des variations d’un événement à l’autre en fonction de la région, de la façon dont la communication autour de l’événement a été faite, du type de musique diffusé, etc.

Une part importante du public et des sound system ont un lien avec le milieu rural (famille, lieu de résidence, emploi). Les événements classiques (voir plus haut) ont une portée locale : les organisateurs et le public habitent la région voire le département où a lieu l’événement.

Le cas échéant, le coût moyen d’entrée.

Gratuit. Parfois une donation peut être mise en place lorsqu’il s’agit d’une soirée de soutien à une cause.

Comment expliquez-vous l’essor de ces évènements sur la période récente ? Le recours inégal aux possibilités légales d’organisation ?

D’abord notons que si on prend le nombre de participants aux teknivals comme indicateurs on se rend compte que l’essor des free partys remonte plutôt au début des années 2000. Depuis on assiste plutôt à un maintien. Nous sommes tout de même surpris de voir que malgré une nette augmentation de la répression de ces événements, leur nombre et leur fréquentation ne diminue pas. Il semble que la répression dynamise en quelque sorte le mouvement en garantissant son aspect contre-culturel.

Observez-vous une évolution des pratiques des participants lors des free parties au cours des dernières années ?

Il y a des changements qui relèvent plus de cycles et d’effets de mode (habillement, musique écoutée, usage des réseaux sociaux …) mais pas de changement de fond selon nous.

Quels leviers faudrait-il selon vous mobiliser pour inciter les organisateurs à se saisir des possibilités légales d’organisation de rassemblements festifs ? Déployez-vous des actions en la matière ?

Le rapport Dumont notait déjà en 2008 que le régime de déclaration des free partys relevait dans les faits d’un régime d’autorisation puisque les déclarations sont systématiquement suivies de refus de la part des autorités. Il nous semble que c’est ce point qui freine les organisateurs à se saisir des possibilités légales d’organisation. Dans un discours, N. Sarkozy demandait déjà en 2005 (Télégramme Ministère de l’Intérieur du 7/7/2005) aux préfets de “jouer le jeu” en n’opposant pas des refus systématiques aux déclarations de free partys mais il semble que depuis la situation n’ait guère changée.

Cette situation a dernièrement empiré car bien que la loi dispense de déclaration tout évènement de moins de 500 personnes, des arrêtés préfectoraux interdisant les free party chaque weekend se généralisent et pénalisent aujourd’hui l’ensemble des évènements. Et les acteur·ices de RdR sont, du fait de ces arrêtés entravés dans leur action et bien souvent verbalisés au même titre que les participant·es. Et ceci, malgré l’instruction interministérielle du 12 mai 2023 et le guide d’accompagnement des évènements festifs mis à jour en 2026 par le COPIL Jeunes et Fêtes.

Enfin, un levier serait l’identification de terrains pouvant accueillir les freeparty.

La tenue des free parties peut être l’occasion de débordements (violences sexistes et sexuelles, consommation d’alcool, consommation de stupéfiants, dégâts environnementaux). Quel est votre regard sur ce sujet ? Disposez-vous de données chiffrées ?

Nous n’avons pas de données chiffrées mais comme nous intervenons sur différents types d’espaces festifs (clubs, festivals, bars…), nous sommes en mesure d’établir des comparaisons et nous n’observons pas plus d’incidents sur les free partys que sur les autres types d’événements. Au contraire, ce milieu promeut davantage de vigilance, de solidarité et d’entraide entre les participant·es avec un accès souvent plus large aux services de santé spécialisés.

A noter que vous trouverez bon nombre de témoignages médiatiques ou scientifiques de personnes, notamment des femmes, qui se sentent plus en sécurité en free party que dans d’autres milieux festifs tels que les clubs, bars, les concerts ou les festivals.

De quelle manière intervenez-vous pour prévenir ces risques ? Le cas échéant pour prendre en charge les victimes de violences sexistes et sexuelles ?

Nous intervenons dans le cadre du code de la santé publique (loi du 26/01/2013). Concrètement nous essayons d’informer objectivement les participants sur les risques liés aux pratiques festives et les façons de les réduire. Nous éditons notamment des brochures sur la plupart des produits psychoactifs et sur diverses pratiques à risques, nous utilisons aussi les réseaux sociaux pour promouvoir des pratiques festives responsables et, lorsque nous en avons l’occasion, nous participons aussi à des fanzines spécialisés, à des émissions radio / podcasts.

Nous proposons des formations aux fêtard·es aux bases de la réduction des risques ainsi que du matériel pour favoriser l’accès aux outils, informations et savoir-faire en matière de santé festive.

Concernant les VSS, nous menons une action à la fois culturelle et éducative sur la promotion du consentement tout en prenant en charge les victimes comme les agresseurs en cas de problème sur un évènement. Quand nous intervenons en freeparty, par rapport aux scènes plus urbaines ou commerciales, nous constatons davantage de comportements protecteurs. Ce sont des fêtes où les enjeux de séduction sont moins présents dans les rapports entre les participant·es.

Quelle évaluation faites-vous des programmes de prévention et réduction des risques et dommages et de l’implication des associations et des opérateurs de l’État dans leur mise en œuvre ?

Il nous est difficile de nous auto-évaluer, toutefois nous sommes persuadés de notre utilité sur le terrain, à la fois pour prévenir des incidents et pour les prendre en charge lorsque le besoin s’en fait sentir. Et limiter ainsi le recours inutile aux services d’urgences médicales.

A notre connaissance, les quelques études qui cherchent à évaluer la RdR en milieux festifs s’accordent sur le fait que l’évaluation de l’impact de ces actions, notamment les changements de comportement à long terme, reste un défi et les outils méthodologiques demandent des moyens importants. Mesurer les conséquences (accidents, overdoses) et recueillir l’avis des jeunes sont des pistes d’évaluation envisagées. Les données probantes sur la réduction des méfaits de l’alcool sont globalement plus solides que celles relatives aux drogues.

Les interventions efficaces en milieu festif reposent sur une approche multi-facettes combinant distribution de matériel, information claire et adaptée, dialogue personnalisé via l' »aller vers », aménagement d’espaces sécurisés, implication des pairs, formation des intervenants et collaboration inter-acteurs.

Quelques ressources à ce sujet : 

Concernant Techno+

Un ancien président de la MILDECA, Didier Jayle, a pu témoigner dans les médias que Techno+ avait sauvé des centaines de vies en 10 ans d’existence. Aujourd’hui l’association a 30 ans.

Sur la plupart des évènements d’ampleur où sont déployés par la préfecture des services de secours, nos équipes sont appréciées pour leur savoir-faire en matière de gestion de personnes et sont, après coup, sollicitées par la Croix-Rouge, la Protection Civile, etc. pour former les équipes aux spécificités des interventions en milieux festifs.

Lors du teknival de Villegongis en mai 2023, qui a réunit 30 000 personnes, la médécin responsable du Poste médical avancé et le responsable opérationnel de la Croix-Rouge, ainsi que le commandant de gendarmerie en charge du dispositif de sécurité, ont tous félicité l’action du groupement d’associations de RdR sur place. En effet, nous avons un rôle d’intermédiaire dans l’articulation sanitaire. En filtrant les cas bénins nous diminuons la tâche des secouristes et leur permettons de se concentrer sur les éventuels cas graves. Sur cet événement, les forces de l’ordre ont aussi été étonnées du très faible nombre de personnes positives aux contrôles routiers (moins d’une centaine) comparativement à d’autres manifestations pourtant de bien moindre ampleur.

Enfin nous recevons de nombreux témoignages de participants ainsi que de leurs proches reconnaissants pour les prises en charges (les parents d’une jeune femme ont même roulé 100km pour venir nous remercier sur site !) ou signifiant avoir pu adapter leurs comportements à la lecture de nos messages de santé. Nous avons des retours équivalents de parents de jeunes fréquentant ces milieux festifs et rassurés que de tels dispositifs soient en place.

Extrait du communiqué suite à la publication du rapport Dumont sur les teknivals :
“Ce sont des lieux d’effervescence, de socialisation et de production artistique. Si certaines dérives regrettables comme l’usage de stupéfiants y sont, comme ailleurs dans la société française, présentes, ce milieu a su mieux que d’autres produire des garde-fous, générer des stratégies de réduction des risques et s’entourer d’associations de santé communautaire visant à informer et à protéger ceux qui pourraient être tentés par ces comportements à risques.”

Le dialogue avec les maires, les services de l’État et les riverains vous semble-t-il satisfaisant ? Dans quelle mesure organisez-vous des actions de prévention / d’accompagnement conjointes ?

Sur site, nous sommes amenés à dialoguer avec toutes les forces en présence (secouristes, forces de l’ordre, préfecture etc). Généralement les choses se passent bien et nous sommes écoutés, toutefois il arrive aussi que nous soyons complètement ignorés voire empêchés d’intervenir.

On peut citer en exemple, le teknival du 18 au 22 mai 2023 à Villegongis dans l’Indre lors duquel le préfet Stéphane Bredin a appliqué à la fois les instructions interministérielles relatives à la gestion publique de ces rassemblements et le guide d’accompagnement Jeunes et Fêtes. Il s’est entouré du médiateur Jeunes et Fête du Cher, Eric Bergeault, pour être conseillé. Les équipes de RdR étaient intégrées au dispositif au côté de la Croix-Rouge, des pompiers, du Poste Médical Avancé et des forces de l’ordre. La coordination de l’ensemble a été exemplaire.

Jean-Marc Sevault, maire de Villegongis, a lui aussi eu une approche pragmatique de la situation tandis que Dominique Paillault, propriétaire du terrain, a pu constater que les fêtard·es respectaient le lieu.

Enfin les médias ont pu présenter l’évènement comme avant-tout une célébration culturelle et artistique amateures et non comme un problème d’ordre public ou sanitaire.

Or depuis cet évènement, nous n’avons pas vécu à nouveau une telle situation. Au contraire, le manque de considération de nos équipes n’a fait qu’augmenter en subissant des entraves, verbalisations, refus de communication voire des accusations.

Techno+ peut témoigner d’une autre expérience réussie en matière de gestion publique de la fête.

En 2025, l’association a été interpellée par les communes de Belle-Île-en-Mer pour mener un diagnostic interventionnel saisonnier sur l’ensemble des espaces festifs d’accès public de l’île : rue, bars, fêtes locales, festivals et freeparty. En effet Belle-Île-en-Mer a la particularité d’être le seul territoire à notre connaissance qui applique encore la loi sur les Rassemblements festifs à caractère musical du 15 novembre 2001 et son décret du 2 mai 2002. C’est-à-dire que les évènements de moins de 500 personnes, non soumis à déclaration, peuvent se dérouler normalement. Cette approche qui ne diabolise pas les fêtes permet d’intégrer plus facilement les actions de RdR aux évènements festifs. C’est ce que l’intervention saisonnière de Techno+ a pu montrer tandis que les services de santé de l’île constataient une diminution des prises en charges de fêtard·es. L’articulation mairies, hôpital, maison de santé, gérant·es d’établissements nocturnes, organisateur·ices d’évènement, pompiers et association de RdR s’est révélée fructueuse en l’absence d’action préfectorale visant à interdire les freeparty comme nous le voyons partout ailleurs où nous intervenons en France.

Quelle évaluation faites-vous de la mise en place, en application d’une instruction du 16 juillet 2021 de la déléguée interministérielle de la jeunesse, des binômes de médiateurs départementaux « rassemblements festifs organisés par les jeunes », dont un médiateur « préfecture » pour accompagner les organisateurs sur les aspects administratifs de la déclaration de la rave-party et un médiateur « jeunesse », issu des services départementaux à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (SDJES) des rectorats, pour les accompagner dans leur démarche d’engagement et de responsabilisation ?

N’étant pas organisateurs, nous ne sommes que peu concernés par ce dispositif. Nous sommes toutefois favorables à toute initiative qui favorise le dialogue et la médiation sur ces questions, particulièrement au niveau local.

Il serait toutefois souhaitable pour les acteur·ices de RdR de pouvoir compter sur des médiateur·ices en préfectures facilitant notre travail. Mais à ce jour, ce sont plutôt les Agence Régionales de Santé qui connaissent le mieux notre travail et peuvent influer sur la préfecture pour nous laisser agir.

Une évolution de la législation vous semble-t-elle nécessaire pour renforcer l’encadrement des free parties ? La sanction des éventuels débordements ?

Il n’y a pas eu de changement législatif ces dernières années, mais dans les faits la gestion publique des free parties s’est largement durcie : multiplications des arrêtés préfectoraux, explosion des amendes au public, incarcérations préventives de supposés organisateurs, saisie du matériel de sonorisation hors cadre légal, interventions musclées pour stopper des événements déjà installés… Cette stratégie de la confrontation mise en œuvre depuis 2009 ne semble pas porter ses fruits. Certes elle complique la vie des amateurs de free partys mais ni le nombre d’événements ni leur fréquentation ne diminuent. Par ailleurs les interventions d’application de loi /maintien de l’ordre génèrent des prises en charges sanitaires qui peuvent être nombreuses et graves. Pour ces raisons il nous semble que durcir la Loi risque de ne pas avoir les effets escomptés et il nous apparaît plus pertinent de chercher à accompagner le mouvement des freeparty pour lui permettre de s’épanouir tout en diminuant les nuisances que certains événements peuvent occasionner.

Avez-vous d’autres remarques ou suggestions à formuler ?

Les 9 recommandations du rapport Dumont cité plus haut :

  1. Sélectionner et viabiliser une quinzaine de terrains permettant les grands rassemblements de personnes
  2. Monter le plancher de déclenchement de l’article 53 de la LSQ à 900 personnes
  3. Créer un calendrier annuel des teknivals
  4. Créer un cadre souple de musicien amateur
  5. Favoriser la circulation et la rencontre entre musiciens amateurs et professionnels
  6. Renforcer les structures de dialogue entre les organisateurs et les institutions
  7. Renforcer les capacités d’intervention des acteurs sanitaires et sociaux non gouvernementaux
  8. Développer les outils des associations de réduction des risques
  9. Former les personnels de l’Etat aux stratégies d’accompagnement des fêtes techno et de la réduction des risques

Le dossier officiel du Sénat : https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/commissions/commission-des-lois/controle-en-clair/rodeos-urbains.html

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