Tribune : Répression des rave party (PPL 1133)

« La liberté de danser n’est pas à négocier. À l’heure où l’individualisme et l’autoritarisme prennent de plus en plus de place dans la société, la fête, elle, résiste.

Partout, les démocraties voient leurs espaces de liberté se contracter. Les peuples vivent avec l’anxiété comme bruit de fond permanent. La politique du quotidien se durcit, les discours se ferment, les corps se crispent.

Dans ce contexte, des milliers de personnes choisissent chaque week-end de se retrouver, souvent loin de l’agitation des villes, pour danser ensemble jusqu’à l’aube.

Ce choix est politique. Pas au sens partisan du terme, mais dans son sens premier : reprendre le contrôle de ses actions, s’organiser collectivement, refuser que la fête soit une marchandise.

Ces espaces de fête et de liberté sont une réponse humaine, ancienne et légitime ; les personnes qui s’y retrouvent ont une sono, un espace, et la conviction que la liberté ne se réclame pas, elle se pratique.

La fête libre est aujourd’hui marginalisée, pourtant elle traverse les générations, les milieux, les territoires. Elle rassemble des gens qui n’auraient jamais eu de raison de se croiser ailleurs. Elle produit de la solidarité, de l’art, des communautés. Elle façonne le vivre-ensemble.

Aujourd’hui exprimée depuis plus de trente ans dans notre société sous la forme des free parties, elle porte une culture qui a su s’organiser, structurer ses propres règles, créer ses propres dispositifs de santé et d’entraide afin de répondre d’elle-même a ses besoins. La France a construit des pratiques reconnues à l’échelle européenne.

Accumulation de menaces législatives et politiques

Les prochains mois concentrent une accumulation de menaces législatives et politiques sans précédent. Aujourd’hui, une mission d’information au Sénat. Demain, une proposition de loi visant à criminaliser les rave parties à l’Assemblée nationale. Après-demain, un projet de loi porté par le ministre de l’Intérieur. Autant de textes qui, séparément ou combinés, pourraient restreindre durablement le droit de se rassembler, d’organiser, de circuler, de danser. En bref, de se retrouver entre amis, entre passionnés, entre humains.

Pendant ce temps, sur le terrain, la répression s’intensifie : des arrêtés préfectoraux abusifs s’attaquent aux libertés de circulation et de rassemblement, du matériel personnel est fréquemment saisi ou détruit, des fêtards sont humiliés et brutalisés chaque week-end.

Les organisateurs qui investissent bénévolement de leur temps et de leurs économies sont poursuivis pour des fêtes qui n’ont pas vocation à être lucratives.

Tout cela entraîne des conséquences lourdes, qu’elles soient :

  • financières (au Teknival de Quimper en 2024, plus de 1,7 million d’euros d’amendes ont été dressées)
  • juridiques (l’organisateur présumé de la free party de Lieuron en 2021 fera de la détention provisoire pour l’organisation d’une fête, dont il sera relaxé par le tribunal)
  • ou parfois mortelles (en 2019, Steve Maia Caniço est décédé à la suite d’une charge policière lors de la fête de la musique à Nantes) pour des rassemblements pacifiques, festifs, où autogestion et bienveillance sont des valeurs fondatrices.

Une politique qui criminalise et réprime aussi violemment la fête libre, ce n’est pas de la sécurité, c’est de l’autoritarisme.

Sur le plan juridique, le droit de se réunir est garanti par l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’Homme. La liberté d’expression artistique et culturelle est un droit fondamental reconnu par le Conseil constitutionnel.

Toute restriction à ces libertés doit être strictement proportionnée à un objectif d’ordre public démontré.

Criminaliser une pratique culturelle parce qu’elle dérange ne passe pas ce filtre. De telles lois liberticides ne devraient pas avoir la possibilité d’être présentées dans un pays dont la devise est “liberté, égalité, fraternité”.

Pousser la fête encore davantage dans la clandestinité aggrave exactement ce que l’on prétend combattre. Les associations de réduction des risques perdent l’accès au terrain. Les participants n’appellent plus les secours. Les organisateurs ne peuvent plus coopérer avec les autorités.

Les risques ne disparaissent pas. Ils se cachent.

Nous, signataires de cette tribune, appelons les pouvoirs publics à engager un dialogue réel avec les acteurs de la fête libre, qui ont déjà fait un pas envers le ministère de l’Intérieur en 2024 en annulant le Teknival d’ampleur nationale lors des Jeux olympiques.

Nous appelons à rejeter toute législation qui criminalise le rassemblement festif. Nous appelons à protéger ce qui, dans nos sociétés, permet encore aux gens de respirer.

Danser est un acte de liberté. Le défendre est un acte politique. »

SIGNATAIRES :

Technopol

Tekno Anti Rep

La Kabane

Nautilus RdR

EQTAS.E

Techno+

Korzéame

Keep Smiling

Conscience Nocturne

Red flag Riposte

Jusqu’à l’Aube

Tom Bouët (Directeur général, clinique d’affaires publiques d’Assas)

Marianne Rostan (Avocate)

Frédéric Hocquard (Ex-maire adjoint à la vie nocturne de Paris)

Éric Labbé (DJ et activiste techno)

Paul Christophle (Député, Socialistes et Apparentés)

Thomas Dossus (Sénateur, Groupe Écologistes)

Pouria Amirshahi (Député, Écologistes et Social)

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