CAMBODGE: L’ecstasy détruit les espaces naturels forestiers

La prohibition de l’ecstasy favorise une production sans respect de l’environnement…

Source : http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=79362
Date : 21-07-2008



Photo: Fauna and Flora International
De nombreux arbres sont abattus pour alimenter les feux nécessaires au long processus de distillation de l’huile de sassafras

PHNOM
PENH, 21 juillet 2008 (IRIN) – Dans le sud-ouest du Cambodge, la
production d’huile de sassafras, utilisée pour fabriquer l’ecstasy, une
drogue à usage récréatif, détruit les arbres et les moyens de
subsistance des habitants et provoque des préjudices écologiques
considérables, selon David Bradfield, conseiller dans le cadre du
projet de protection des refuges fauniques mené par Fauna and Flora
International (FFI).

L’huile de sassafras provient de la
région du massif des Cardamomes, l’un des derniers espaces naturels
forestiers de l’Asie continentale du sud-est, et où FFI a choisi de
mener son projet.

« Le processus de distillation illicite de
l’huile de sassafras dans ces montagnes détruit lentement mais sûrement
les forêts et la vie sauvage », a expliqué M. Bradfield à IRIN. « La
production d’huile de sassafras est une vaste opération, qui affecte
non seulement la région où sont situées les distilleries, mais
également les régions environnantes, entraînant dans son sillage
dévastation et destruction. »

Les moyens de subsistance des 12
000 à 15 000 habitants qui dépendent de la chasse et de la cueillette
pour vivre dans la réserve naturelle faunique sont menacés par les
opérations de production de l’huile de sassafras.

L’huile de
sassafras cambodgienne est très recherchée pour sa grande qualité. Elle
est en effet pure à plus de 90 pour cent, d’après Lars Pedersen,
directeur de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime
(UNODC) au Cambodge.

« Chaque année, des quantités
astronomiques d’huile de sassafras sont exportées clandestinement du
Cambodge au Vietnam et en Thaïlande », a-t-il expliqué.

L’huile
de sassafras est fabriquée à partir des racines d’un arbre rare, le
Mreah Prew Phnom, également connu sous le nom de Cinnamomum
parathenoxylon. Les racines sont découpées en de petits morceaux de
bois, puis déchiquetées, jusqu’à obtenir une consistance fibreuse.

Généralement,
ces débris sont ensuite placés dans de larges cuves en métal au-dessus
de feux de bois pendant au minimum cinq jours pour permettre la
distillation de l’huile.

« [Le Mreah Prew Phnom] est un arbre
extrêmement rare, qui commence aujourd’hui à disparaître à cause des
distilleries illicites situées dans le massif des Cardamomes », a dit
M. Bradfield.

« …Ces
gardes-forestiers sont des soldats à pied qui protègent les forêts. Ils
sont les héros de l’effort de protection… Ils travaillent dans une
jungle épaisse et infestée par les sangsues, et risquent leur vie
chaque jour pour un salaire dérisoire
… »

Un lourd bilan environnemental

«
Au cours de la dernière décennie, la production d’huile de sassafras a
gravement épuisé ces arbres. Si elle n’est pas rapidement éradiquée,
ces arbres pourraient disparaître dans un futur proche », a-t-il
averti.

Par ailleurs, les larges cuves nécessitant également
d’importantes quantités de bois pour l’entretien des feux, d’autres
espèces d’arbres aux alentours des usines de distillerie sont en cours
d’épuisement.

Au c?ur de la jungle, les usines sont lourdement
gardées ; les travailleurs qui distillent l’huile se nourrissent des
animaux sauvages de la région, et nombre d’entre eux pratiquent le
braconnage à des fins commerciales.

Des animaux rares, dont
les tigres, les pangolins, les paons, les pythons et les chats
sauvages, sont consommés par les distillateurs ou vendus sur les
marchés d’animaux sauvages illicites, d’après FFI.

« Les usines
de traitement de l’huile de sassafras sont généralement implantées à
proximité des ruisseaux afin de permettre un approvisionnement en eau
pour l’ébullition et le refroidissement de l’huile distillée », a
affirmé M. Bradfield.

L’huile s’infiltre dans les ruisseaux,
provoquant encore davantage de préjudices écologiques. « On retrouve
fréquemment des poissons et des grenouilles morts flottant dans les
ruisseaux situés à proximité de ces distilleries », a-t-il ajouté.

L’eau
de cette région se jette dans les fleuves Mékong et Tonle Sap et gagne
le reste du Cambodge. « Il est urgent de procéder à des contrôles de
l’eau dans cette région », a-t-il suggéré.

Jusqu’à présent,
aucun test n’a été réalisé pour déterminer l’impact de cette eau sur
les villageois vivant en aval des distilleries. « Quoi qu’il en soit,
elle détruit assurément la faune et la flore aux environs des usines »,
a-t-il affirmé, ayant lui même constaté les dommages.

Il y a
quatre ans, le gouvernement cambodgien a interdit la production d’huile
de sassafras, afin de contribuer à la protection de l’arbre Mreah Prew
Phnom. Depuis lors, les autorités tâchent de mettre un terme à la
production illicite dans le massif des Cardamomes, avec l’aide
d’organisations internationales, dont FFI, le Programme des Nations
Unies pour le développement (PNUD), Wildlife Alliance et Conservation
International.


Photo: Fauna and Flora International
Une
distillerie saisie à Mreah Prew. Le bois utilisé pour fabriquer l’huile
de sassafras est extrêmement rare, et en voie de disparition

«
Faire appliquer la loi est la méthode clé pour éradiquer le commerce
illégal de l’huile de sassafras », a estimé M. Pedersen, de l’UNODC. «
C’est un commerce extrêmement lucratif, chiffré à plusieurs millions de
dollars. »

Des forces de l’ordre dans la région

Quelque
50 gardes-forestiers du ministère de l’Environnement et des Forêts
contrôlent actuellement la région, avec l’aide de groupes de
conservation indépendants et du PNUD.

« Ces gardes-forestiers
sont des soldats à pied qui protègent les forêts », a expliqué David
Bradfield, de FFI. « Ils sont les héros de l’effort de protection…
Ils travaillent dans une jungle épaisse et infestée par les sangsues,
et risquent leur vie chaque jour pour un salaire dérisoire ».

FFI
soutient les opérations de ces gardes-forestiers depuis 2003.
L’organisation leur fournit les uniformes, l’équipement et la
formation. Elle participe à la construction de leurs stations de
gardes-forestiers, et continuent à leur prodiguer des conseils
techniques. Le PNUD a également soutenu le projet de 2004 à 2006.

Leur
mission ? mettre un terme au trafic illégal ? est extrêmement ardue,
compte tenu des profits élevés que réalisent les contrebandiers et du
nombre relativement limité de gardes-forestiers affectés à cette
mission.

En novembre dernier, les autorités thaïlandaises ont
saisi plus de 50 tonnes d’huile de sassafras à proximité de la
frontière cambodgienne.

La cargaison devait gagner la Chine et
les États-Unis, d’après des agents occidentaux de lutte contre le
trafic de drogue, qui ont souhaité conserver l’anonymat. Ces derniers
ont indiqué que cette seule prise représentait une valeur de 500 000
dollars, un montant colossal dans les régions rurales du Cambodge.

Une
fois en Chine et aux États-Unis, où elle aurait pu être utilisée pour
fabriquer la drogue de synthèse, cette quantité d’huile aurait permis
de produire 7,5 millions de comprimés d’une valeur globale de 150
millions de dollars, d’après des agents occidentaux de lutte contre le
trafic de drogue.

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