Hommage à Nicole Maestracci

Nicole Maestracci est décédée le 7 avril 2022.

Techno+ présente ses condoléances à ses proches, à sa famille, aux personnes qui comme nous auront été marquées et inspirées par sa personnalité et son action. Elle a été présidente de la MILDECA de 1998 à 2002.

« Il n’y a pas de société sans drogues, il n’y en a jamais eu. »

C’est par cette phrase qu’elle lança publiquement en avril 2000 la nouvelle politique gouvernementale « Savoir Plus Risque Moins » qui faisait de la réduction des risques liés aux usages de drogues (RdR) l’élément central de la politique des drogues après 30 ans de guerre à la drogue à la française.

Livret Savoir Plus Risquer Moins

Vu d’aujourd’hui cette période semble être une parenthèse qui a pourtant permis le virage vers une politique des drogues basée sur l’information objective de la population basée sur des connaissances scientifiques. Cette vision a ouvert la porte à l’inscription de la RdR dans la loi.

En 2004, lors du procès de Techno+ pour incitation à l’usage de drogues pour avoir diffuser nos flyers d’informations, elle avait témoigné en faveur de notre association en expliquant le rôle essentiellement de l’information et des pairs pour la santé publique. Nous avons été relaxé.

En 2005, nous lui avions demandé de nous faire l’honneur d’écrire la préface du livre auto-édité par Techno+ à l’occasion de nos 10 ans.

C’est ce texte que nous reproduisons ci-dessous accompagné d’un croquis de Damien Roudeau, volontaire de Techno+, pris sur le vif lors des 1ère Rencontres Nationales de la RdR en 2006.

== PRÉFACE DU LIVRE 10 ANS DE + ==

En 1998, lorsque jʼai été chargée de la politique interministérielle de lutte contre les drogues, les fêtes techno étaient pour les pouvoirs publics une sorte de « boîte noire » inaccessible dans laquelle les jeunes étaient supposés consommer des drogues. Il était clair que ni les discours de prévention élaborés pour des publics plus jeunes et faiblement consommateurs ni les discours de réduction des risques à destination des usagers injecteurs nʼétaient adaptés.Les risques liés à la consommation de drogues de synthèse, associées ou non à lʼalcool ou aux médicaments, étaient connus mais nous ne savions pas vraiment comment approcher efficacement ces jeunes peu réceptifs aux discours classiques de prévention. Dans les raves, ils se trouvaient en effet dans une sorte de « bulle » musicale et affective dont nous nʼavions pas les codes dʼaccès.

Cʼest dans ce contexte quʼil mʼa paru évident quʼil fallait travailler étroitement avec les associations qui connaissaient ce milieu et étaient déjà présentes dans nombre de raves et free-party, au premier rang desquelles Techno +.

Ce travail commun, nous lʼavons mené pendant plus de 4 ans. Cela nʼa pas toujours été facile. Si associations et pouvoirs publics se sont rapidement mis dʼaccord sur lʼidée quʼil ne fallait diffuser que des informations scientifiquement validées, nous étions parfois heurtés par certains mots ou messages à destination de personnes déjà consommatrices. Les négociations étaient parfois rudes mais elles étaient indispensables.A quoi cela aurait-il servi en effet de diffuser des messages qui auraient satisfait tous les ministères, de celui de la santé à celui de lʼintérieur, mais nʼauraient pas eu la moindre chance de toucher les jeunes auxquels ils étaient censés sʼadresser ?

Cʼest ce travail qui a permis de faire partager des réflexes de prévention et une hiérarchie crédible des risques, en faisant notamment mieux percevoir, ainsi quʼen témoigne lʼévolution des enquêtes dʼopinion entre 1999 et 2002, la dangerosité de la consommation dʼecstasy. Cʼest aussi à la suite des interrogations des associations et notamment de techno+ sur la qualité des produits que nous avons commencé en 2000 à recueillir les produits sur les lieux de consommation et à les analyser pour mieux protéger les consommateurs des produits les plus dangereux.

Ces résultats tangibles ont permis de mieux faire admettre en France lʼidée que si lʼespoir de parvenir à une société sans drogues est faible, il est possible de limiter considérablement les conséquences humaines, sanitaires et sociales de son usage, à la condition de se donner les moyens de comprendre la diversité des contextes et des comportements de consommation.De ce travail commun difficile et exemplaire, jʼai dans tous les cas appris quʼon avait besoin de « passeurs » autant que dʼacteurs pour conduire des politiques de prévention. Merci donc à Techno + dʼavoir été à la fois passeur et acteur.

Nicole Maestracci, ancienne présidente de la MILDT

>> Retrouve le livre complet ici : https://technoplus.org/livre-des-10-ans/

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.