Fête et Alcool pendant le 1er confinement (synthèse)

Quel a été l’impact du 1er confinement sur la consommation d’alcool des fêtards ? Techno+ a questionné plus de 1300 personnes et nous avons appris beaucoup de choses intéressantes… Merci aux participants et bonne lecture.

Cette page est une synthèse du rapport Fête et Alcool pendant le 1er confinement réalisé par Techno+ dans le cadre d’un projet financé par l’Assurance Maladie.

Introduction 

Le travail de terrain de Techno+ a été fortement impacté par le confinement puisque pendant toute sa durée nous n’avons eu connaissance d’aucun événement techno. Ayant observé pendant le confinement plusieurs phénomènes en lien avec la consommation d’alcool (diffusion aussi large que rapide des apéro-visios, hausse des consommations d’alcool, fêtes confinées…) et partant du principe qu’une telle période était une première possiblement appelée à se reproduire, nous avons décidé de travailler finalement sur cette question via un questionnaire en ligne, seul outil de recherche possible à ce moment là. Nous n’avions toutefois pas imaginé le succès (plus de 1300 questionnaires remplis !) qu’allait rencontrer ce questionnaire malgré sa longueur, aussi nous l’avons tourné de manière très ouverte, ce qui, ajouté au nombre important de questions (74 questions !) a rendu l’analyse plus longue que prévue…

Méthodologie

Ce rapport est une analyse de 1300 questionnaires en ligne (74 questions) remplis à la fin du confinement, du 4 au 26 mai 2020.

Les illustrations de ce rapport sont le fruit d’une veille sur les médias sociaux fréquentés par les teufeurs.

Profil des répondants

Au niveau des genres on a 56% d’hommes, 42% de femmes et 4% de non binaires, soit un peu plus de femmes que dans la plupart des événements où nous intervenons. Les répondants sont peut être aussi un peu plus âgés que notre public habituel (quoique beaucoup plus jeunes que la moyenne nationale) avec 39,5% de 18-25 ans, pratiquement autant de 25-35 ans (39,3%) et 20,5% de plus de 35 ans… Ce qui ne laisse que 0,7% de mineurs !

En comparaison avec la population générale et si l’on tient compte de l’effet générationnel, l’échantillon constitué par les répondants apparaît polarisé avec plus de hautes études mais aussi plus de fin d’études précoces. Quant à leurs statuts professionnels (qui peuvent se cumuler, d’où le total supérieur à 100%), près de la moitié des sondés sont salariés (47%), puis 20% sont étudiants, 19% chômeurs, 13,6% intérimaire ou saisonnier, 8,9% indépendant et 7,5% cochent la case « pas le temps pour une activité professionnelle ».

Pratiques festives et consommation hors confinement

Les pratiques festives des répondants sont assez développées avec plusieurs sorties par mois, souvent même par semaine et les espaces festifs fréquentés sont variés et se cumulent. Ainsi, si la techno sous ses diverses formes est évidemment très présente (free parties, clubs…), les répondants sortent aussi – et souvent même plus fréquemment – dans les bars, en soirées privées chez des connaissances, ainsi que selon les moments et les opportunités en concert et festivals.

Si les espaces dans lesquels les sondés boivent le plus sont les soirées privées et les free parties (certainement en raison du bas prix des boissons), les free parties sont aussi un espace où beaucoup ne boivent pas (en lien avec le risque de contrôle routier).

Le mélange alcool + produits est fréquent dans l’échantillon. Seulement moins d’un répondant sur cinq ne mélange jamais alcool + autre produit, tandis que la moitié consomme souvent voire systématiquement d’autres produits en association avec l’alcool. Les produits mélangés avec l’alcool varient selon les individus mais les stimulants sont plus fréquemment cités.

Nous avons effectué un croisement entre les quantités d’alcool bues en free party et les régions d’origine des répondants. Si des disparités régionales existent bel et bien, une répartition classique se dégage de l’ensemble des régions avec des résultats polarisés autour des extrêmes : ce sont généralement l’abstinence et la consommation de plus de 10 verres standards (réponse proposée la plus haute) qui obtiennent le plus de suffrages.

Modalités et ressenti du confinement

  • Près de 19 % des répondant·e·s ont vécu le confinement seul dans leur habitat.
  • 19 % des répondant·e·s n’avaient ni jardin, ni balcon, ni espaces vert extérieur dans leur lieu d’habitation.
  • 19 % ont été confiné ailleurs que chez elleux/dans leur logement habituel.
  • 63 % ont eu des problèmes de sommeil pendant le confinement.
  • Le confinement a clairement impacté le moral des répondant·e·s, eu égard aux scores globalement à la baisse, donnés à leur moral (avant, pendant et à la fin confinement).

Impact du confinement sur les pratiques festives

Environ la moitié des sondés considère avoir fait la fête au moins une fois pendant le confinement, afin de marquer des événements (anniversaires, naissances…) mais aussi pour conjurer l’angoisse, la solitude et l’ennui causé par le confinement.

Les contraintes du confinement ont poussé les fêtes vers de nouvelles formes, les collocations (établies ou de circonstance) semblent ainsi avoir été un lieu majeur des fêtes confinées. Les activités citées sont assez attendues (musique, danse…) mais c’est la consommation de produits psychoactifs et particulièrement d’alcool qui est le plus cité, peut être parce qu’en tant qu’élément constitutif de la fête hors confinement.

Enfin, beaucoup d’enquêtés racontent avoir fait la fête à deux voir même tout seul, la notion de fête est alors redéfinie autour d’un noyau central : lâcher prise, casser un quotidien anxiogène, bref s’offrir des moments de décompression permettant de mieux supporter le confinement.

Une pratique festive émergente : les apéro-visios

66,4% des sondés ont participé à au moins un apéro-visio pendant le confinement alors qu’ils étaient 77% à n’en avoir jamais fait avant.

71% des sondés ont bu de l’alcool à chaque apéro-visio auquel ils ont participé et 54% ont bu en moyenne plus de 3 verres standards. Si les motivations les plus souvent citées sont d’ordre social (voir ses amis…), un quart des répondants a aussi coché la case « pour ne pas être seul à boire ». Les enquêtés montrent une certaine ambivalence sur l’intérêt de cette pratique, utile pendant le confinement mais frustrante voir déprimante (le moment suivant les apéro-visios où l’on se retrouve ivre seul chez soi, est évoquée de façon récurrente par les enquêtés).

La consommation d’alcool systématique pendant les apéros-visio est un marqueur de la différence de pratique entre hommes et femmes. Ainsi, 1/3 des femmes se sont abstenues au moins une fois de boire de l’alcool lors d’un apéro-visio, contre seulement 1/4 d’hommes.

Impact du confinement sur les consommations d’alcool

Près de 80% des sondés déclarent avoir changé leur consommation d’alcool pendant le confinement. La tendance est plutôt à l’augmentation mais parmi ceux pour qui le changement a été important, autant ont bu beaucoup plus que d’habitude (17,5%) que beaucoup moins que d’habitude (16%). Ceux qui ont bu plus sont pour la plupart passés d’une consommation festive, importante mais occasionnelle à une consommation plus faible mais très régulière voir quotidienne, la consommation d’alcool devenant « la seule récompense possible » ainsi qu’un moyen de gérer le stress et l’ennui. Beaucoup ont aussi commencé à boire seuls et plus tôt que d’habitude.

Ceux qui ont bu moins sont en général ceux qui ont refusé de boire seul ou lors d’apéro-visios (qu’ils n’ont souvent pas apprécié).

Plusieurs personnes (moins de 5) déclarent avoir l’impression d’être devenues alcoolo-dépendantes pendant ce confinement. D’autres, buveurs mondains, ont été confrontés à leur alcoolo-dépendance.

En général, l’emploi et le statut professionnel ne sont pas des critères révélateurs de l’impact du confinement sur la consommation d’alcool.

Le fait d’avoir le moral semble n’avoir eu qu’un faible impact sur les consommations d’alcool pendant le confinement. Parmi les personnes ayant moins le moral pendant le confinement, la proportion de celleux ayant bu beaucoup plus que d’habitude est légèrement plus élevé.

Ceci étant dit, 40 % des répondant·e·s déclarent que l’alcool les a aidé a passé le confinement. C’est d’autant plus vrai pour les personnes ayant « bu plus d’alcool que d’habitude ». À l’inverse, pour 45 % des répondant·e·s l’alcool n’a eu aucun rôle (ni positif, ni négatif). C’est surtout le cas des personnes qui ont bu « autant qu’habituellement », et de celles qui ont « moins bu pendant le confinement ».

Effets secondaires pendant le confinement

Près d’un quart des sondés déclarent avoir ressenti pendant le confinement des effets désagréables inhabituels liés à leurs consommations. Le stress et l’angoisse sont les deux effets du confinement qui semblent le plus impliqués dans les symptômes décrits, qu’ils soient physiques (problèmes gastriques allant jusqu’à l’ulcère), ou psychiques (déprime, crises d’angoisse, hallucinations, agressivité voire violence et même un cas de delirium tremens).

Les jeux à boire

Le confinement nous a donné à voir une forme de résurgence des jeux à boire sur les réseaux sociaux aussi nous avons inclus 2 questions sur ce thème au questionnaire.

Cela nous a permis d’établir la grande diversité de ces jeux (85 jeux cités, certains par plus de 100 personnes !), d’en dresser une typologie en 6 catégories :

  • jeux de cartes,
  • jeux d’adresse,
  • jeux de dés,
  • jeux de sociétés,
  • jeux de défis,
  • jeux sur smartphones

Pour certains, nous avons aussi détailler leurs règles en annexe.

Enfin, si les jeux à boire semblent connus de tou-te-s (1183 personnes y ont déjà joué contre 138 jamais), seuls 156 répondants déclarent y jouer au moins une fois par mois. Ces pratiques sont donc probablement transitoires et limitées à certaines périodes de la vie.

Annexes

En annexes nous avons consigné une vidéo (le verre solitaire) raillant le rituel des apéros pendant le confinement.

Il y a également 2 articles de presse sur les apéro en ligne :

Nous y avons consigné plus d’une quarantaine de règles de jeux à boire qui nous ont été données par les répondants ainsi qu’un recueil des remarques marquantes laissées dans les questions ouvertes.

Enfin, le lecteur trouvera les résultats détaillés de la consommation d’alcool en free party région par région et selon l’activité professionnelle ou pas d’ailleurs.

Cette page est une synthèse du rapport Fête et Alcool pendant le 1er confinement réalisé par Techno+ dans le cadre d’un projet financé par l’Assurance Maladie.

Bonus internet : la galerie des perles du net sur l’alcool pendant le 1er confinement

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