Teuf et COVID : tu gères comment ? (synthèse de l’enquête)

Contrairement à ce que laissent croire les médias, l’enquête montre que les teufeurs ont adopté des stratégies pour limiter les risques de contamination.

🛌 40% des répondants n’ont tout simplement pas participé à une fête depuis le début de l’épidémie !

PARMI CEUX QUI ONT FAIT LA FÊTE

  • 🤹🏽‍♂️ Les gens ont fait la fête moins souvent que d’habitude et quand ils l’ont fait, elles étaient de plus petites tailles (- de 50 personnes).
  • 🍻 Les partages de verres, joints, pailles et bouteilles et autres contacts physiques ont très nettement diminués.
  • 😷 58% ont porté un masque soit en permanence, soit quand la situation le nécessitait. Et parmi ceux qui n’en ont pas porté, 35% s’isolent systématiquement 7 jours après avoir fait la fête.
  • ⌚ Près de 40%, se sont isolés au moins 7 jours après la fête avant de voir des personnes vulnérables.
  • 🔬 26% ont fait un test après la soirée.
  • ⚡ 95% des fêtards qui ont eu connaissance d’un cas de COVID lors de la fête ont transmis l’info aux autres participants. Or seuls 15% déclarent avoir été au courant. Nous en concluons que peu de fêtes ont été des cluster.

LES PRATIQUES A AMÉLIORER

Ceux qui cumulent les pratiques à risques (pas de masque, partages à tout va, pas de test…) sont en fait les mêmes personnes.
La pratique du test de dépistage est encore trop peu utilisée tant en amont qu’après la soirée et surtout, les consignes et délais pour les réalisés de façon efficaces sont très mal connus.

Nous referons peut être une enquête sur ce sujet d’ici quelques temps pour voir les évolutions et y intégrer la place de la vaccination et des auto-tests dans ces stratégies.

Cette page est une synthèse du rapport Fête et Alcool pendant le 1er confinement réalisé par Techno+ dans le cadre d’un projet financé par l’Assurance Maladie.

Contexte et méthode

Nous avons élaboré un questionnaire en ligne (Google Form) de 24 questions (dont 2 questions ouvertes) visant à renseigner les évolutions des pratiques festives de notre public (fréquence de sorties, type d’événements fréquentés…) et les éventuelles stratégies de réduction des risques de transmission du SARS-Cov-2 déployées lors de ces fêtes (port du masque, partage de bouteilles, bises…). La passation s’est déroulée à partir de fin décembre 2020 et a duré 10 jours, ce qui a permis de récupérer 1166 questionnaires remplis. Les résultats complets sont disponibles sur notre site Internet mais nous avons choisi de faire figurer ce résumé dans le présent rapport d’activité.

Profil des répondants

Quoiqu’un peu plus âgés que notre public habituel, avec près de 80% de moins de 35 ans, les sondés restent plus jeunes que la moyenne nationale! La répartition des genres (environ 60% d’hommes contre 40% de femmes) est quant à elle similaire à ce que nous observons sur le terrain. Les régions les plus représentées sont celles où nous avons des antennes et limitrophes.

Impact du SARS-Cov-2 sur la participation à des événements techno

725 personnes sur les 1166 répondants, ont participé à au moins 1 événement Techno après le 1er confinement. En revanche, 70% des 441 personnes qui n’ont plus participé à aucun événement de ce type, expliquent avoir fait ce choix en raison de la pandémie de SARS-CoV-2. L’âge apparaît comme un facteur déterminant dans ce choix puisque seuls 18,5% des 18-25 ans ont cessé toute participation à des événements techno, alors qu’ils sont 47% chez les plus de 50 ans et 0% chez les -18 ans.

On constate aussi une diminution importante de la participation à des événements festifs (techno ou non), avec 45,5 % des répondants qui ont fait la fête “beaucoup moins souvent” qu’à leur habitude et 32,3% “moins que d’habitude”. Les régions les plus touchées par le SARS-Cov-2 sont celles où les personnes ont le moins fait la fête : Hauts de France (52,8% de « beaucoup moins que d’habitude »), Ile de France (42,4%). A noter, le Centre Val de Loire sort du lot puisqu’alors que 50% des répondants ont décidé de ne pas participer à des événements festifs Techno, 5,9% y ont été plus souvent que d’habitude lorsque ce dernier chiffre est proche des 1% dans les autres régions. On fait ce même constat pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (4,3%).

On observe une nette corrélation entre le nombre de participants à des événements et leur taux de participation : plus on s’intéresse à des événements de grande ampleur, plus les sondés disent avoir diminué leur participation. Pour les événements de +300 personnes, ils sont ainsi 85% à déclarer une baisse de fréquentation, contre 75% pour les fêtes de 50 à 300 personnes, et 52% pour les fêtes privées de moins de 50 personnes. A noter que 15,1% des sondés disent avoir augmenté leur fréquence de participation à des fêtes privées de moins de 50 personnes. Bien que très minoritaire, il existe donc une tendance à compenser la raréfaction des événements classiques par des fêtes privées. Ces fêtes privées étant difficiles d’accès pour les associations et probablement appelées à se développer si la situation perdure, il y a peut-être un enjeu de santé autour de la diffusion d’informations permettant de réduire les risques sur ce type de fêtes.

Impact du SARS-Cov-2 sur les pratiques festives à risques

Partage des bouteilles, verres et canettes

Si 83% des répondants déclarent qu’avant l’épidémie ils partageaient leurs contenants pendant les soirées, ils sont 44% à avoir modifié ces pratiques depuis et seuls 9% des répondants ont continué de partager leurs contenants sans restriction particulière. Le SARS-Cov-2 semble donc avoir provoqué une prise de conscience des risques de transmissions liés au contact de la bouche et de la salive, un enjeu pour la RDR en espace festif pourrait donc être d’essayer de décentrer cette prise de conscience du seul SARS Cov 2 vers les autres infections transmissibles de cette façon.

Partage des joints

Sur les 505 personnes fumant des joints, 33% des participants répondent avoir modifié leurs pratiques de partage en soirées pendant la période de Covid-19 et seuls 23% des répondants ont continué de partager leurs joints sans restriction particulière. Un chiffre étonnement plus élevé que pour le partage de verres et de bouteilles, ce qui laisse aussi deviner un travail possible en termes de sensibilisation aux risques éventuels de transmission d’infections par ce biais (si ces risques existent évidemment).

Partage des pailles

Il faut d’abord noter que 77,9% des 584 personnes pratiquant le sniff interrogées ne partageaient déjà pas leur paille avant l’apparition de la Covid-19. 12% des 584 « sniffeurs » ont adapté des stratégies visant à réduire les risques de transmission de la Covid-19 dans la pratique du Sniff, et seules 7 personnes (moins de 1% des sniffeurs) ont continué de partager leurs pailles sans restriction particulière malgré la Covid 19.

Embrassades, câlins, bisous sans masque

Sur les 725 personnes ayant participé à au moins un événement techno après le premier déconfinement, 65,7% ont changé leurs habitudes pour limiter les risques de transmission du SARS-Cov-2. Les embrassades, câlins, bises etc, sont donc les pratiques sur lesquelles on observe le plus de changement de comportement !

Le port du masque

Sur les 725 personnes ayant participé à au moins un événement techno depuis la fin du premier déconfinement, 2% ont systématiquement porté le masque tout au long des évènements festifs auxquels ils ont participé, 13% l’ont porté à tous les moments où ça leur semblait utile, 43% l’ont porté à certains moments où ça leur semblait utile mais pas tout le temps et 42% ne l’ont pas porté du tout.

La proportion de ceux qui ont fait le choix d’évoluer sans masque est donc importante mais notons d’une part qu’elle n’est pas majoritaire, et de l’autre, que parmi ces « sans masques », 35% déclarent s’être isolés systématiquement pendant 7 jours après les événements auxquels ils ont participé et 33% s’être isolés « parfois ».

Des pratiques à risques corrélées entre elles

Les différentes pratiques détaillées ci-dessus (port du masque, embrassades, partage de bouteilles, de joints et de pailles) sont fortement corrélées entre elles. Par exemple, le pourcentage de ceux qui déclarent partager verres et bouteilles avec tout le monde passe de 8,8% à 30% si on s’intéresse seulement à ceux qui déclarent fumer sur tous les joints qui passent à leur portée. De même, la proportion de ceux qui fument sur tous les joints passant à leur portée passe de 22,8% en général à 45,5% si on circonscrit la population étudiée à ceux qui déclarent continuer d’embrasser tout le monde ou embrasser plus encore qu’avant la Covid. Enfin, la proportion de ceux qui n’ont pas du tout porté le masque en teuf passe de 42,3% en général à 61% chez ceux qui déclarent embrasser tout le monde ou embrasser plus encore qu’avant la Covid. Il semble donc qu’une partie des répondants multiplie les pratiques à risques.

Nous avons essayé de caractériser cette sous-population en fonction de plusieurs facteurs cependant aucun ne semble vraiment prédicteur de l’appartenance à cette sous population.

Réduction des risques de transmission du SARS-Cov-2 après la fête

Quarantaine

82 personnes (soit 11%) estiment ne pas avoir participé à des événements à risques. Parmi les autres, 269 personnes (soit 37%) déclarent avoir toujours respecté une quarantaine de 7 jours avant de voir des personnes vulnérables. Ils sont ensuite 194 (27%) à avoir “parfois vu des personnes vulnérables”, 132 (18%) “souvent” et 48 (7%) à avoir “toujours vu des personnes vulnérables” à l’issue d’événements festifs.

Test RT-PCR

Sur les 725 personnes ayant participé à des événements festifs techno, 460 personnes n’ont pas fait de test à l’issue des événements auxquels ils ont participé contre 190 personnes qui ont “toujours” ou “parfois” réalisé un ou plusieurs tests. Seulement 75 personnes estiment ne pas avoir participé à des événements à risques (respect des gestes barrière, distanciation sociale…). Les personnes ayant réalisé un ou plusieurs tests représentent donc 26,2% des répondants qui ont participé à des événements festifs techno.

Test X quarantaine

Nous avons effectué un croisement pour déterminer la proportion de personnes réalisant une quarantaine parmi celles qui n’ont jamais fait de test. Les résultats obtenus sont très proches des résultats généraux (cf ci-dessus), on n’a donc ni une tendance à favoriser la quarantaine chez ceux qui ne font pas de test (pour compenser le risque de transmettre le virus), ni une corrélation entre ces deux pratiques à risques !

Délai avant de faire la fête

Alors que 38,3% des personnes ayant fait au moins un test suite à un événement festif ont toujours respecté les 7 jours d’attente, 21,5% n’ont jamais attendu la durée réglementaire et 36,3% ont attendu « parfois » ou « rarement ». Est-ce parce que les personnes ne savent peut-être pas quand se faire tester, ou parce qu’elles ne peuvent pas se rendre disponible à J+7 ?

Transmission des informations sur les cas Covid-19 +

Très peu de personnes (120 sur 725) ont été prévenues de la présence d’un cas potentiel de Covid-19 positif sur un événement festif auquel elles ont participé. On pourrait supposer que c’est parce que l’information n’a pas circulé, pourtant sur les 120 personnes ayant été prévenues de la présence d’un cas potentiel de Covid 19, 95% ont réagi en transmettant à leur tour l’information aux autres participants qu’ils connaissaient. Il semble donc probable qu’en réalité il y ait eu peu de cas connus de Covid 19 sur des événements. En effet, d’une part nous n’avons pas connaissance de clusters formés suite à des fêtes techno en France ou ailleurs dans le monde, et d’autre part, on peut supposer que les personnes symptomatiques n’aient pas envie de sortir faire la fête. Reste la question des personnes asymptomatiques, de leur proportion parmi les personnes contaminées et de leur taux de contagiosité.

Covid-19 et répression

Les 3 quarts des répondants considèrent que les free parties ont fait l’objet d’une répression “plus forte” (20,7 %) à “beaucoup plus forte que d’habitude” (56,8%). Les réponses à la question ouverte permettent d’appuyer ce chiffre, bon nombre de répondants déplorent le manque de considération accordé aux secteurs de la culture, de la jeunesse et du monde de la nuit en général dans les débats liés au Covid-19, tandis que d’autres pointent les incohérences entre l’interdiction des rassemblements et le maintien des magasins ou des transports dans lesquels la promiscuité est souvent supérieure à celle d’une fête en extérieur.

Les réponses sont encore plus tranchées quant aux annulations d’événements festifs techno avec 83,3% des sondés qui déclarent que les événements techno ont subi ce type d’annulations « beaucoup plus souvent que d’habitude » !

Conclusion

L’enquête a permis d’établir la diversité des attitudes et des comportements des fêtard·es face à la Covid-19. Ainsi, si globalement la participation à des événements festifs semble en forte baisse, une tendance minoritaire à compenser la raréfaction des événements techno classiques par des soirées privées existe et pourrait être appelée à prendre de l’ampleur si la situation.

On constate aussi qu’une majorité du public a modifié ses pratiques pour réduire les risques de transmission du SARS-Cov-2 (partage de verres et de bouteilles, de joints, embrassades, etc), mais qu’une sous-population tend à multiplier ces pratiques à risques.

L’isolement après la participation à un événement et le fait de se faire tester apparaissent aussi comme des pratiques courantes mais pas forcément suivies de tou·tes.

Parmi ceux qui se font tester, beaucoup n’attendent pas les 7 jours nécessaires au bon déroulement du test, certainement par manque d’information.

Ainsi, la bonne volonté des participant·es est manifeste, à quelques rares exceptions (covido-sceptiques etc), les fêtard·es semblent conscient de l’enjeu collectif que représente la lutte contre l’épidémie de SARS-CoV-2. Simplement, l’envie de faire la fête se transforme en besoin pour ces personnes chez qui l’appartenance au mouvement techno est souvent une dimension essentielle de leur vie.

On aimerait pouvoir leur apporter plus d’informations et de conseils pour leur permettre de réduire les risques de diffusion du virus lors des fêtes auxquelles ils participent. Mais pour cela il faudrait que la recherche scientifique se penche sérieusement sur cette question et que des expérimentations lors d’événements festifs puissent avoir lieu.

En l’absence d’informations, les participants sont dans le flou. Or un argument revient régulièrement : on n’a pas découvert de cluster post fête techno en France ni dans le monde. De là à en conclure que le danger est en réalité minime il n’y a qu’un pas et ce serait regrettable que les participants le franchissent simplement par manque d’informations.

Bonus : la galerie des illustrations

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