Depuis 2023, de plus en plus de rumeurs sur ce sujet parviennent à nos oreilles : des taz coupés au fentanyl (vous vous rappelez ceux avec une croix gammée ?), telle variété de kéta coupée au fentanyl qui aurait déjà fait 3 morts en IDF, etc. Parfois la rumeur vient de sources sérieuses : un pote qui a vu de ses yeux le résultat d’une analyse de MDMA coupée au fentanyl, une amie médecin, un autre qui bosse dans la RDR, du coup on s’y laisse prendre. Pourtant, en France et à ce jour, aucun service d’analyse, d’urgence ou autres n’a enregistré de fentanyl dans ce type de prods.
Petit résumé de la situation…
Les opioïdes de synthèse en Amérique du nord
Le fentanyl et ses dérivés (ocfentanyl, butyrfentanyl, etc), sont des opioïdes de synthèse très puissants (le carfentanyl est plus actif que le LSD !). Ils sont utilisés en médecine depuis longtemps, par exemple sous forme de patchs, prescrits pour les fortes douleurs. Mais c’est à partir de 2017 que leur utilisation comme produit de coupe de l’héroïne s’est répandue aux USA et au Canada. En effet, là-bas, la consommation d’héroïne explose vers 2013, or le principal pays producteur de la région, le Mexique, n’a pas les moyens de répondre à cette énorme demande.
Les cartels mexicains cherchent donc une solution pour que ce marché ne leur échappe pas et vers 2017, ils commencent à importer et vendre du fentanyl à la place de l’héroïne. Comme les effets sont proches et très forts, les consommateurs apprécient donc très rapidement le fentanyl et ses dérivés s’imposent. Vers 2022, les cartels commencent à utiliser une nouvelle famille d’opioïdes de synthèses, les nitazènes (aussi puissants que le fentanyl) et à couper leur héroïne (déjà coupée aux dérivés de fentanyl ou aux nitazènes) avec encore un nouveau produit, la xylazine (un anesthésiant très puissant). Le mélange xylazine + fentanyl ou nitazene est surnommé la « tranq » par les consommateurs et « zombie drug » par certains médias.
La situation en France
Pendant ce temps le nombre de décès par overdose aux USA explose (100 000 par an !) et de nombreux reportages sont diffusés dans les médias Français. Pourtant, à l’heure actuelle, le fentanyl et les nitazènes demeurent très rares ici.
Il y a bien quelques consommateurs de fentanyl ou de nitazènes qui se fournissent sur le net, mais ils savent ce qu’ils consomment et sont très peu nombreux. On a eu quelques cas de petites revendeurs d’héroïne qui ont coupé leur produit avec des dérivés de fentanyl mais ils se comptent sur les doigts de la main. Il y a aussi des personnes qui importent de l’héroïne depuis les USA ou le Canada via le darknet ou à l’occasion de voyages et qui tombent donc régulièrement sur des variétés coupées (il y a même eu quelques décès). On peut aussi signaler l’interpellation vers 2019, d’un homme qui produisait lui-même du fentanyl qu’il vendait à ses amis (en leur disant bien que c’était du fentanyl), quelques saisies de comprimés de fentanyl (dont rien ne dit qu’ils étaient destinés au marché Français) ; et à la Réunion, un batch de « chimique » (de l’herbe coupée aux cannabinoïdes de synthèse) coupée avec des dérivés de fentanyl.
A part ça… Rien ! Nada, nothing. L’héroïne coupée aux dérivés de fentanyl ou aux nitazènes est extrêmement rare et ne concerne que des tout petits réseaux : on n’a jamais vu de gros point de vente d’héroïne vendre un produit coupé au fentanyl ou aux nitazènes. Mais surtout on n’a JAMAIS vu de coupe aux dérivés de fentanyl ou aux nitazènes dans d’autres produits que des opiacés (héroïne, oxycodone). La présence de MDMA, de kétamine ou de cocaïne coupées avec des opioïdes en France est un mythe !
Un mythe tenace
Ces rumeurs sont pourtant fréquentes et touchent tout le territoire, du nord au sud de la France en passant par la Bretagne. Elles font écho à celles qu’on pouvait entendre au cours des années 2000 sur des produits coupés à l’héroïne : par exemple dès qu’un comprimé faisait vomir et avait des effets bizarres (parfois liés à la présence de MCPP, parfois liés à d’autres facteurs comme le fait d’avoir bu de l’alcool ou mangé un truc périmé !), certains consommateurs faisaient le lien avec l’héroïne, probablement en raison de la crainte que ce produit inspirait et de l’idée que les dealers coupent leurs prods pour rendre accro leurs clients (souvent mise en scène dans des films).
Comme toutes les rumeurs, elle est d’autant plus difficile à contrer qu’elle est déjà très répandue : plus une personne a entendu de sources différentes lui dire qu’il y a des prods coupés au fentanyl qui circulent et plus elle y croira lorsqu’un autre de ses amis lui en parlera.
Les raisons réelles de s’inquiéter
Le marché européen de l’héroïne risque d’être fortement impacté vers 2027 puisque, selon l’ONU, les cultures de pavot Afghanes ont diminué de 90% et que le stock de morphine Afghane devrait arriver à terme vers 2027. A ce moment, si les Talibans ne relancent pas la culture du pavot, nous risquons de voir une pénurie d’héroïne s’installer, avec le risque que, comme aux USA, les trafiquants se tournent vers d’autres opioïdes pour compenser. De plus, depuis 2024, les nitazènes ont fait leur apparition au Royaume-Uni en tant que produit de coupe de l’héroïne, avec une augmentation des overdoses. La réalité est donc préoccupante alors évitons d’en rajouter, surtout que ces rumeurs risquent de brouiller le message si un jour le fentanyl devenait réellement utilisé comme produit de coupe de l’héroïne.
Si vous avez un doute sur un produit, la seule façon d’en avoir le cœur net est de le faire analyser (voir notre page dédiée à l’analyse).
Pour trouver où faire analyser gratuitement ses produits, on met une carte à ta disposition ici.
