Mais qui veut la peau de Techno+ ?

Mais qui veut la peau de Techno+ ?

Communiqué du 16 janvier 2016 à 6h00 (l’heure de l’after)

D’après un responsable de l’enquête, le juge d’instruction va bientôt avoir sur son bureau un dossier complet contre Techno+. Il devra alors décider de la mise en examen ou non de l’association. Allons-nous vers un nouveau procès de la politique de réduction des risques liés au usages de drogues (RdR), du mouvement tekno, ou bien les deux à la fois ?

Sinon pourquoi avoir choisi, après 2 ans d’enquête comme date de l’intervention policière, un moment symbolique à la fois pour les acteurs de la RdR (le 1er décembre est la journée mondiale de lutte contre le sida) et pour le mouvement tekno (le weekend du 3 décembre avaient lieu 2 rassemblements revendicatifs nationaux) ?

Le 30 novembre 2016, Techno+ a subi une opération policière menée simultanément à Paris au siège de Techno+ (perquisition comme dans les films : armes au poing, menottage, fouille, saisie et arrestation) et à Saint-Nazaire (arrestation de la Présidente sur son lieu de travail).

Depuis cette date l’enquête contre Techno+ continue (voir l’épisode 1), 8 volontaires (dont les salariés et des dirigeants) de l’association ont été entendus par la police. Ces 3 gardes à vue et 5 auditions nous ont tout de même permis d’en savoir plus sur ce que cherchent à savoir les enquêteurs. Si certaines de leurs questions sur l’existence réelle de nos subventions (!) et leur méconnaissance des politiques de santé et du monde associatif, nous invitent à nous demander ce que fument la police et la justice, l’ensemble montre bien la volonté de nuire à Techno+ et à travers nous aux militants de la RdR et au mouvement techno.

2 ans d’enquête

A l’origine de l’affaire, il y aurait une plainte déposée il y a presque deux ans. Nous n’en savons pas plus. Ceci a permis le démarrage d’une enquête sur l’association avec écoutes téléphoniques et filatures régulières de membres de Techno+. Notre association ne s’est jamais cachée d’être composée en grande partie de teufeurs consommateurs de drogues, c’est ce que l’on appelle la santé communautaire, c’est même inscrit dans nos statuts ! C’est d’ailleurs à ce titre que nous sommes financés par les pouvoirs publics depuis près de 20 ans pour mener des actions de réduction des risques liés aux pratiques festives. Techno+ est aussi ouvertement en faveur de la légalisation des drogues.

Pourtant, nous ne sommes pas les seuls à avoir des intervenants qui sont aussi des consommateurs de drogues et à avoir pris position contre la prohibition des drogues. Dans le secteur des opérateurs de la RdR, c’est même une tendance majoritaire.

Comme le faisait remarquer un de nos soutiens sur internet “Techno+ est financée par l’État pour ses missions d’intérêt général, la police aussi, pourquoi ne sont-ils pas venus discuter avec vous au lieu d’imaginer on ne sait quoi ?”

La réponse est toute simple, c’est une question politique des drogues dans laquelle s’affronte 2 visions. L’une visant l’objectif d’un monde idéal sans drogue et l’autre visant à en réduire les risques car il n’existe pas de société sans drogues. Déjà en 2002, Techno+ a fait l’objet d’une telle enquête qui a abouti à un procès pour incitation à l’usage de drogues. Or c’est bien ce qui était reproché à l’époque à l’ensemble des acteurs de RdR. Aujourd’hui les programmes en place comme les salles de consommations, l’analyse des produits, l’intervention de proximité, sur internet ou auprès des usagers-revendeurs, sont régulièrement accusés de faciliter l’usage de drogues. N’étant ni une association de professionnels, ni un établissement médico-social agréé, Techno+, comme quelques autres structures, représente une cible facile pour les détracteurs de cette politique de santé.

Nous espérons donc que le juge d’instruction du parquet de Versailles qui suit cette affaire n’ouvrira pas un nouveau procès contre de la politique de RdR.

Nous demandons la restitution du matériel (camion et ordinateur) saisi abusivement qui nous empêche aujourd’hui de mener nos actions financées.

Nous réclamons une nouvelle modification de la loi de santé publique afin que tout intervenant de RdR, dans le cadre et pendant son activité, soit protéger du délit de facilitation de l’usage de drogues car oui le but de notre action est de faciliter l’usage à moindre des risques des drogues pour ceux qui ont décidé d’en consommer.

Nous dénonçons que des intervenants et des associations puissent faire l’objet de surveillance, d’intimidation et/ou pressions policières à cause de leurs opinions politiques.

Nous exigeons également que les services de police, gendarmerie et justice soient dûment formés et informés des pratiques de la réduction des risques et respectent, à défaut de la comprendre, la démarche communautaire.

L’équipe de T+


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