Des stages payants de « sensibilisation » pour les fumeurs de cannabis

Depuis le 1er janvier, les stages de sensibilisation au cannabis et autres substances entrent en vigueur…

 

Source : Le Monde, Cécile Prieur
Date : 03/01/2008
 

C’est la nouvelle arme anti-drogue du
gouvernement : à partir du 1er janvier, des "stages de
sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants"
pourront être imposés aux consommateurs de drogues
interpellés sur la voie publique. Calquée sur le modèle
des stages de récupération de points de permis de la
sécurité routière, cette sanction "pédagogique"
sera payante et visera surtout les jeunes fumeurs de cannabis. Le
gouvernement fait le pari qu’il peut modifier leurs comportements.
"L’idée, c’est de cumuler sanction et transmission
d’informations sur la dangerosité des drogues, explique
Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle
de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt). Nous voulons
stopper la consommation des usagers qui viennent de l’entamer."

Créé par la loi du 5 mars 2007 de prévention de
la délinquance – un texte présenté par Nicolas
Sarkozy, alors ministre de l’intérieur -, le stage de
sensibilisation vise à réaffirmer l’interdit qui pèse
sur la consommation de drogues. Alors que l’usage de cannabis s’est
massifié depuis une quinzaine d’années, la police n’a
procédé, en 2006, qu’à l’interpellation de 84
000 consommateurs de haschich. "Aujourd’hui, on a dépénalisé
de fait, reconnaît M. Apaire. Par rapport à l’ampleur du
phénomène, on a très peu de sanctions. Or, il y
a un certain nombre d’usagers qui pensent être dans une
consommation récréative, laquelle devient finalement
problématique du fait de l’absence de sanction." Pour
"créer un choc", susceptible d’amener les
interpellés à "prendre conscience des conséquences
dommageables" de l’usage de drogues, la Mildt a innové en
tapant au porte-monnaie : les interpellés devront payer
jusqu’à 450 euros leur participation aux stages de
sensibilisation, l’Etat prenant en charge la somme en cas de
non-solvabilité. Prononcés comme alternative aux
poursuites ou comme peine principale, ces stages réuniront,
pendant un jour ou deux, des petits groupes "homogènes"
de mineurs ou de majeurs. Trois thèmes seront abordés :
les effets des stupéfiants sur la santé, la loi et les
conséquences de sa transgression, les aspects sociaux de
l’usage de drogues (risques pour soi et pour autrui, trafics,
violences…) Les stages ne seront pas des groupes de paroles, mais
les participants pourront confronter leurs expériences. Ceux
qui le désireront pourront être orientés vers un
dispositif de soins. Sollicitées par la Mildt pour organiser
ces stages, les associations intervenantes en toxicomanie sont
sceptiques. Si elles reconnaissent que la dynamique de groupe peut
être intéressante, elles s’insurgent contre le caractère
payant des stages. "Cela va à l’encontre de nos principes
de gratuité et d’anonymat, explique Jean-Marie Collard, qui
dirige l’association Rimbaud, à Saint-Etienne (Loire). Cela
nous pose d’emblée dans le camp de l’institution qui prononce
la sanction, et cela peut fausser notre rapport avec les usagers de
drogues."

"EFFETS PERVERS"

Le fait que les stages de
sensibilisation ne visent que les personnes interpellées
inquiète aussi les associations. La quasi-totalité des
fumeurs du cannabis restant à domicile, le dispositif ne peut
concerner que les jeunes, souvent en difficulté, qui prennent
le risque de consommer dans la rue. " La "porte"
interpellation repose sur une logique de maintien de l’ordre et non
une logique de santé publique, dénonce Jean-Pierre
Couteron, président de l’Association nationale des
intervenants en toxicomanie (ANIT). Et si on veut que ces stages
marchent, il faut les remplir, et donc accentuer la machine à
interpeller. Il y a là un gros risque d’effet pervers."
Malgré ces réticences, certains professionnels sont
prêts à s’engager dans le dispositif. Jean-Jacques
Santucci, qui dirige l’Association méditerranéenne de
prévention et de traitement des addictions (Ampta) à
Marseille, avait conçu un stage similaire avant l’entrée
en vigueur de la loi. "Beaucoup de jeunes commettent des actes
délictueux sans le savoir, car ils ne savent même pas
que la consommation de cannabis est interdite, relève-t-il.
L’usage est de plus en plus banalisé avec une méconnaissance
des conséquences juridiques." A condition d’être
"maître du dispositif", M. Santucci est donc partant
: "C’est une bonne occasion de mettre en contact des personnes
en difficulté avec d’autres, qui peuvent leur venir en aide.
Pour nous, il s’agit de mettre de la question là où il
n’y en a pas."

LÉGISLATION.

La loi du 31
décembre 1970 punit l’usage de stupéfiants d’un an
d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. Les procureurs évitent
l’incarcération et privilégient les classements
assortis d’un rappel à la loi, les orientations vers une
structure sanitaire ou sociale ou les injonctions thérapeutiques
. En 2006, 94 000 personnes ont été interpellées
pour usage de stupéfiants, dont 84 000 pour consommation de
cannabis.

CONSOMMATION

Selon l’Observatoire français des
drogues et toxicomanies, la France compte près de 4 millions
de consommateurs occasionnels de cannabis, 1,2 million d’usagers
réguliers et 550 000 fumeurs quotidiens. En 2006, un
adolescent de 17 ans sur deux avait déjà consommé
du cannabis, contre un sur cinq en 1993.

 

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