Les chiens fantômes du Teknival

Elle coure, elle coure la rumeur des chiens éventrés au tekos de mai. Enfin des journalistes qui disent vrai :

dans le Monde et sur France 5 (reportage).

Date : 3/5/06
Source : Le Monde
Site : http://www.lemonde.fr/
URL : http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3214,50-768959,0.html

Transmise par le bouche-à-oreille et par téléphones portables,
l'information a été reprise par les journaux locaux et un quotidien
national, Le Parisien, relayée en boucle par France Info et Canal+ : le
Teknival de Chavannes (Cher), qui s'est tenu en marge du Printemps de
Bourges le week-end du 1er mai, se serait achevé tragiquement avec la mort
de deux personnes, et... d'une quinzaine de chiens retrouvés éventrés.

Or seule la mort de Laetitia, une jeune fille de 22 ans, décédée d'une
overdose, a été établie. Le reste relève du fantasme. Contrairement à ce
qu'ont écrit certains journaux locaux, mercredi 3 mai, il n'y a jamais eu
de second mort. Pas plus que de chiens éventrés.

Depuis quelques jours, autour des champs de Chavannes, le bruit courait que
des dealers arrivaient sur place avec des chiens dont les estomacs étaient
lestés de drogue, afin d'échapper à la fouille. Une pratique courante,
connue des pompiers et des gendarmes, disait-on. Selon la rumeur, une
quinzaine de ces chiens auraient été retrouvés éventrés au lendemain du
Teknival, leurs maîtres ayant voulu récupérer la drogue cachée dans leur
estomac.

Autre prétendu "incident" repris dans les médias : des vipères, nombreuses
sur le terrain et rendues folles par les décibels, se seraient précipitées
vers les baffles et auraient piqué des ravers... Les pompiers, qui ont
assuré les permanences sanitaires sur place, ne se souviennent pourtant pas
avoir eu recours à la moindre goutte de sérum antivenin.

Si la presse locale a pris la précaution d'utiliser le mot "rumeur" en
relatant ces "faits", Le Parisien a, dans son édition du 4 mai, repris ces
allégations sans utiliser le conditionnel. En légende d'une photo de raveur
tenant son chien en laisse, le quotidien publiait même un témoignage de
vétérinaire anonyme évoquant l'éventration des bêtes "pour y récupérer les
stupéfiants". Christiane Machavoine, chef du service départemental hygiène
alimentaire, est affirmative : "Nous n'avions envoyé aucun vétérinaire sur
les lieux."

A la mairie de Chavannes, à la gendarmerie, à la préfecture, personne ne
confirme l'existence de chiens retrouvés éventrés. La société Sita à Orval,
près de Saint-Amand, qui a fourni les bennes où l'on aurait retrouvé les
cadavres des animaux, et qui a assuré le nettoyage du site, dément avoir
trouvé quoi que ce soit ressemblant à des chiens dans ses bennes. Personne
n'a rien vu, pas même à la direction départementale de l'équipement, qui a
supervisé le nettoyage. En milieu de matinée, jeudi 4 mai, les gendarmes
commencent à s'énerver : " Ça suffit les conneries, il n'y a pas eu de
second mort ni de chiens éventrés !" Jeudi soir, Canal+ se faisait pourtant
encore l'écho de cette prétendue affaire lors d'un reportage diffusé dans
le journal de 18 h 50, où les faits étaient présentés sans aucune
précaution. En revanche France Info a fait un rectificatif à l'antenne
vendredi matin.

Seule certitude : un cadavre de chien a bien été retrouvé, dimanche 31
avril au matin, sur le bord d'une route adjacente, la route menant au
village de Saint-Loup, mais le chien avait été non pas éventré, mais
écrasé.

Patrick Martinat

Article paru dans l'édition du 07.05.06

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