Des associations de santé refusent de dénoncer les organisateurs de free party qui font appel à elles

Signataires : ACT UP SUD-OUEST – AIDES – ASSOCIATION ARGILE – ASSOCIATION LE PÉLICAN – ASSOCIATION OPPELIA – ASSOCIATION PROSES – ASSOCIATION RIMBAUD – ASUD MARS SAY YEAH – ASUD NÎMES – BUS 31/32 – CHECKPOINT – COLLECTIF « ENSEMBLE, LIMITONS LES RISQUES » – CONSCIENCE NOCTURNE – FREEFORM – LA BULLE D’R – JUSQU’À L’AUBE – KEEP SMILING – KORZÉAME – L’ORANGE BLEUE L630 – SPIRITEK – TECHNO+

En août puis en septembre, Keep Smiling et Techno+, deux associations de Réduction des Risques (RdR) en milieux festifs, ont chacune reçu une demande étonnante et inquiétante de la Justice : dénoncer des organisateur·ices présumé·es de free-party, sous peine de sanction en absence de réponse (3750€ d’amende).

Nos deux associations, historiquement liées à la fête libre, sont subventionnées pour intervenir depuis 25 ans dans les fêtes techno alternatives, que l’évènement soit légal ou illégal. Nous permettons un accès à la santé et à l’information sur les risques liés aux pratiques festives, nous prenons en charge, si besoin, les personnes en difficultés.

Nos missions, comme celles de toutes les associations chargées de mener cette politique de santé publique relatives aux drogues, ne sont possibles que grâce à la confiance mutuelle entre les usager·ères de la fête, les organisateur·ices et nos structures de santé. En nous demandant de briser cette confiance mutuelle, la Justice balaye des années de travail et se met entre nous, associations de santé, et notre public, les fêtard.e.s.

Le choix de la répression au détriment de la santé et de notre capacité d’agir a de nouveau été fait. Cela s’inscrit dans la continuité des évènements récents où le soi-disant maintien de l’ordre a primé sur l’intérêt sanitaire :

  • Juin 2019, fête de la musique à Nantes > une charge policière en bord de Loire provoque la panique, environ 15 personnes tombent à l’eau, l’une d’entre elle meurt.
  • Décembre 2020, free party du nouvel an à Lieuron > les participant·es, dont les bénévoles de nos associations, reçoivent des amendes pour non-respect du confine ment au lieu de mettre en place une action d’information et de dépistage sur place. Un jeune suspect est placé en détention provisoire pendant 3 semaines pour organisation de l’évènement.
  • Juin 2021, teknival de Redon > la Préfecture refuse l’accès aux secours alors qu’un jeune a eu la main arrachée. Le stand de prévention, dans lequel dorment des per sonnes blessées, reçoit plusieurs grenades lacrymogènes.

Une fois de plus, nos associations de RdRD doivent se battre pour ne pas être inquiétées juridiquement dans la réalisation de nos missions de santé publique et pour protéger nos bénéficiaires organisateurs d’évènements. Une cause derrière laquelle les structures de RdRD de France sont unies.

C’est pourquoi, devant ces 2 réquisitions judiciaires, véritables « obligations à dénoncer », nous, acteur·ices de Santé en milieux festifs, ne pouvons pas rester indifférent·es ni à l’obstruction de nos actions par la Justice ni à l’évolution répressive de la gestion de la fête libre. Nous nous indignons de l’utilisation des pressions judiciaires à l’encontre de deux de nos structures.

Nous ne céderons pas à ces pressions et nous ne trahirons pas la confiance des organisateur·ices de fêtes qui, soucieux·es de la santé de leur public, font appel à nous.

Signataires : ACT UP SUD-OUESTAIDESASSOCIATION ARGILEASSOCIATION LE PÉLICANASSOCIATION OPPELIAASSOCIATION PROSESASSOCIATION RIMBAUDASUD MARS SAY YEAHASUD NÎMESBUS 31/32CHECKPOINTCOLLECTIF « ENSEMBLE, LIMITONS LES RISQUES »CONSCIENCE NOCTURNEFREEFORM – LA BULLE D’RJUSQU’À L’AUBEKEEP SMILINGKORZÉAMEL’ORANGE BLEUE L630SPIRITEKTECHNO+

Contact presse : info@technoplus.org | contact@keep-smiling.com

La Réduction des Risques, c’est quoi ?

La Réduction des Risques (RdR) est l’ensemble des mesures et politiques de Santé Publique visant à limiter les dommages sanitaires (overdoses, bad trip, contaminations, infections…) et sociaux liés à la consommation de drogues. Elle concerne toutes les drogues, légales et illégales, ainsi que tous les usages qu’ils soient expérimentaux, récréatifs, ponctuels, abusifs ou inscrits dans une dépendance. Elle est encadrée par la loi du 16/01/2016 du code de santé publique et son décret référentiel du 14/04/2005.

Keep Smiling est une association d’auto-support intervenant depuis 1996 sur les scènes festives légales ou illégales, électroniques et LGBTIAQ+. Basé·e·s à Lyon et Grenoble, nous abordons les risques liés à l’usage de produits psychoactifs, la sexualité, les risques auditifs, les risques routiers…

Techno+ est une association de santé communautaire issue du mouvement techno créée en 1995. Portée par des volontaires, elle mène des actions de réduction des risques liés aux pratiques festives (drogues, sexualité…) dans les free party, teknival, raves, clubs, festivals…

17 réflexions au sujet de “Des associations de santé refusent de dénoncer les organisateurs de free party qui font appel à elles”

  1. Je suis soignante et je suis scandalisée que les autorités s’immiscent dans le droit à la santé publique. Même et surtout sur des free party, l’aide et la prévention est un devoir pour chaque soignant. Les participants sont d’ailleurs heureux que vous soyez la et sûrement bienveillant envers vous. Je vous soutiens à fond même si je ne sais pas quoi faire pour vous aider.

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    • Déjà ton soutien est important mais à part ça y’a pas grand chose à faire sinon devenir bénévole dans une asso de RdR car entre ça, les amendes et les violence policière, c’est de plus en plus dur de trouver des personnes motivé·es pour s’impliquer.

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      • Perso ça fait depuis mi juin que j’essaye de rejoindre T+ à l’Ouest et entre l’été, une date d’entretien qui ne semble ne jamais arriver et une équipe qui met plus d’un mois à repondre à un mail… Ben en effet c’est compliqué de devenir bénévole à T+ (malgré ma motivation…)

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      • Bonjour Techno+, gros soutien pour vous en ce moment. Je gère moi même la prévention ( grâce à vos kit teuf) lors d’événement organisé par mon sound systèm. En cas de besoin de personne sachez que je suis bénévole pour vous aider à accomplir votre mission.

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        • Salut ! Merci pour ton soutien. Justement cette affaire de réquisition met en lumière la fragilité de nos actions de santé dans les teufs y compris celles de personnes comme toi qui font cela en dehors d’un cadre associatif.

          Pour info sache que nous proposons une formation en ligne. Tu peux t’inscrire pour la prochaine session en 2022 ici : https://technoplus.org/formapairs/

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    • Nous n’en savons pas beaucoup plus. Keep Smiling et Techno+ ont reçu une réquisition judiciaire nous demandant de donner les contacts des organisateurs d’une free party dans le cadre d’une enquête préliminaire. Il s’agit de 2 affaires bien distinctes menées l’une par le procureur de Grenoble et l’autre celui de Nantes concernant des soirées différentes. Mais à un mois d’intervalle à peine entre les 2 dans des juridiction différentes, nous tirons la sonnette d’alarme au cas où ce type de procédure viendrait à s’étendre à l’ensemble du territoire.

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  2. Bienvenue dans le monde où la délation prime ou en tout cas revient à l’ ordre du jour, relents d’une époque pas si lointaine où un maréchal français faisait du zèle pour un dictateur à la petite moustache… Eh oui nos démocraties ne sont malheureusement pas à l’abri de régression en matière de droits… Merci à vos associations pour tout le travail réalisé, longue vie à vous et résistance à l obscurantisme.

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    • Merci pour ton soutien. Et oui c’est triste de voir que ce que l’on pensait acquis ne l’est pas vraiment et qu’il faut toujours être sur ses gardes. Ce qui nous rend optimistes c’est qu’il y a 20 ans nos flyers d’information santé étaient attaqués mais aujourd’hui, les mêmes conseils sont donnés par la Haute Autorité de Santé sur comment sniffer par exemple :-). Rien n’arrête un peuple qui pense !

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  3. En tant qu’association de RdR en milieu guyanais (AGRRR), nous sommes entièrement solidaire et ne céderons pas à la pression de cet état « policier ». Nous aimerions être signataire afin de soutenir l’initiative!

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